"Les morts sont tous des braves types", chantait Brassens. De Martine Aubry à Nicolas Sarkozy, en passant par Valéry Giscard d'Estaing, Lionel Jospin ou Alain Juppé, chacun dans la classe politique a rendu un hommage appuyé à Philippe Séguin, décédé ce jeudi matin 7 janvier. Pourtant, beaucoup ont, à un moment ou un autre dans leur carrière politique, eu à croiser le fer avec l'ancien ministre de Jacques Chirac. Dans un milieu ou les lèche-bottes sont souvent plébiscités pour gravir les échelons, Séguin faisait parfois figure d'ours mal léché. Son caractère ombrageux, parfois colérique et souvent passionné l'ont parfois entraîné à se confronter aux hommes de son propre camp. Au milieu de ce concert de louange, les vidéos que nous vous proposons témoignent de cette intransigeance qui a jalonné la carrière de l'un des derniers vrais gaullistes du monde politique.
Vidéo de gauche : Les dernières salves étaient pour Nicolas Sarkozy. Nommé par Jacques Chirac Président de la Cour des Comptes en 2004, Philippe Séguin ne s'est pas gêné pour dénoncer les incohérences budgétaires de l'Elysée.
Il confirme l'existence de l'enquête de la Cour des Comptes montrant le détournement fréquent à des fins privées par Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin des hélicoptères et avions de la sécurité civile. Séguin confirme d'ailleurs qu'il s'agit là d'un abus, malgré sa fonction "apolitique" (comme il se définit depuis 2004) et la tentative du journaliste du Figarol'incitant à lui faire dire qu'il n'y a pas eu de faute de la part des ministres concernés. Vidéo de droite : En octobre 2009, sur Europe 1, il s'inquiète de la gestion de la présidence française de l’Union européenne, lors de l’organisation du sommet de Paris de l'Union pour la Méditerranée en juillet 2008. "On a constaté certains progrès par rapport au sommet de 2000", commence-t-il. Mais il pointe surtout les erreurs, l'absence de stratégie, les dérives et improvisations de la France. "On aurait pu avoir les mêmes prestations pour au moins trois fois moins cher", regrettait-il.
Image ci-dessus capturée d'une interview menée en 2008 par la Télé Libre (à voir ici) sur les fonctions de Philippe Séguin à la Cour des Comptes. "En off, il nous confiait son 'inquiétude' face à la politique spectacle pratiquée par Nicolas Sarkozy", a révélé le site créé par John Paul Lepers ce 7 janvier.
Philippe Séguin, né il y a 66 ans à Tunis, n'est resté que deux ans (de 1986 à 1988) ministre des Affaires sociales et de l'emploi. En 1987, il est accusé sur France 5 de vouloir récupérer des voix du Front National en n'apportant pas son soutien officiel à l'association SOS Racisme contrairement à bon nombre de ses collègues. Il se défend pourtant de fort belle façon, retournant l'auditoire à son avantage.
Il rappelle d'abord que Jean-Marie Le Pen s'est montré fort grossier à son endroit quelques jours avant en déclarant : "Monsieur Séguin est un homme avec un gros derrière et une petite tête". "Je tiens tellement à la cause de la lutte anti-racisme que j'ai peur qu'elle soit affaibli par la récupération politique", soutient le ministre.
L'abolition de la peine de mort
En 1981, Philippe Séguin était en première ligne parmi les rares hommes politiques à avoir pris position en faveur de l'abolition de la peine de mort, aux côtés du socialiste Robert Badinter. Le député RPR des Vosges sait pourtant que l'opinion est majoritairement favorable à la peine de mort. Mais pense (devant l'Assemblée clairsemée) qu'il est possible de changer cette opinion. En tant que président par intérim de l'Assemblée nationale, c'est à Philippe Séguin que reviendra l'honneur d'annoncer les résultats du vote du projet de loi pour l'abolition le 18 septembre 1981 (voir cette autre vidéo de l'INA)
Le leader du "Oui", contre celui du "Non"... Le débat de septembre 1992 à la Sorbonne face à François Mitterrand, alors président de la République, aura marqué la carrière de Philippe Séguin. Dans ses mémoires Itinéraire dans la France d'en bas et d'en haut, publié en 2003, Séguin raconte les difficultés qu'il a eu pour débattre avec le socialiste. Dans des extraits publiés par Le Monde, il raconte qu'on lui a annoncé que le président serait hospitalisé le lendemain de l'émission et que la presse unanimement pro-mastrichienne avait sévèrement jugé sa prestation. Les deux hommes affichent néanmoins un profond respect l'un envers l'autre (comme le montre cet extrait) et Séguin a écrit dans son livre qu'ils se sont vus régulièrement pour converser après ce débat.
Philippe Séguin estimait, contre l'avis de Jacques Chirac et la plupart des leaders RPR que le traité à la monnaie unique conduisant au "renforcement de la technocratie" (voir débat au-dessus) et nuisait à l'indépendance de la France. Il sera suivit par de nombreux militants de droite qui voteront en majorité contre Maastrich. Le "Oui" l'emporte pourtant de justesse mais les opposants (Séguin et Pasqua) en ressortent plutôt conforté au sein du parti. "Le traité de Maastricht sort en charpie du débat et du scrutin et d'autres peuples sont prêts à prendre la relève pour parachever le rejet d'un mode de construction européenne que les gouvernants seraient mal inspirés de s'obstiner à promouvoir", s'exclame Séguin. La "famille" se réunit moins d'un an plus tard aux assises du RPR (voir vidéo).
En 1990, déjà, Charles Pasqua et Philippe Séguin ont pris des distances avec le Rassemblement pour la République avant de le réintégrer. Après la victoire de 1995 à laquelle il a grandement contribué, le Gaulliste est très contrarié de se voir préférer le libéral Alain Juppé pour le poste de Premier ministre. Mais, le 16 avril 1999, le chef de parti marque une rupture définitive en raison d'un "désaccord profond" avec Jacques Chirac. A droite, c'est la grosse surprise. Nicolas Sarkozy, secrétaire général du RPR, a appris la nouvelle par les journalistes. Le futur président devient le nouvel homme fort du parti. "Les proches de Chirac n'ont pas l'air les plus attristés", souligne le J.T. de France 2. Trois ans plus tard, quand Chirac fonde l'UMP, Séguin refuse de l'intégrer l'UMP.
Surnommé King Kong, Séguin mène une campagne qui ressemble à un suicide politique. Blasé, paraissant ailleurs, il est aussi opposé à Jean Tiberi, candidat dissident. Une scène assez surréaliste avec Françoise de Panafieu pour marquer devant les caméras leur "réconciliation" dans le documentaire Paris à Tout Prix (diffusé sur Canal Plus et réalisé par Yves Jeuland) illustre bien son étrange état d'esprit à l'époque. Les Guignols le caricaturent en masochiste.
Résultat : après un siècle de domination de la droite dans la capitale, Bertrand Delanoë est élu maire de Paris le 19 mars 2001. Dans son discours, après la défaite, Séguin déclare : "J'en sort entier et plus déterminé que jamais. Qu'on le sache" (voir vidéo de l'INA). Ce sera pourtant sa dernière élection.
Hymne à la joie
En novembre 2005, le président de la Fédération Internationale de Football Joseph Blatter lance l'idée de supprimer les hymnes nationaux avant les matchs pour éviter les sifflets. Grand passionné du foot et supporter du PSG (ce qui n'est pas toujours incompatible), Philippe Séguin est interviewé par Stade 2. "Ça me fait penser à ces médecins à qui vous allez dire que vous avez mal à l'estomac après chaque repas et qui vont vous dire 'ben vous avez qu'à supprimer les repas'!" Cynisme, humour, esprit gaulliste... Tout Séguin résumé en une phrase.
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