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Délinquants sexuels, les récidives de Sarkozy
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Nicolas Sarkozy et les recidivistesVous l'avez aimé quand il annonçait la fin des grâces présidentielles (avant de changer d'avis pour Marchiani), adoré pendant  qu'il jurait de ne jamais augmenter la redevance télé "même de deux euros" (avant qu'on annonce son augmentation de quatre euros), applaudi quand il a promis aux salariés d'EDF que leur entreprise ne serait jamais privatisée, admiré en 2008 alors qu'il se félicitait de la fin des bonus accordés aux traders ("C'est fini, c'est fini") et pleuré de joie pour sa promesse de "zéro SDF d'ici deux ans" en 2006... Alors, vous allez raffoler du remake des annonces de Nicolas Sarkozy sur les délinquants sexuels ressorties à l'occasion du meurtre de la joggeuse Marie-Christine Hodeau.

Comme dans les suites des pires nanars, la trame du scénario est toujours la même. Un fait divers sordide provoque la tristesse puis la colère de l'opinion publique. Les autorités s'indignent à leur tour en pointant des disfonctionnements de la Justice, trop laxiste selon eux pour éviter les récidivistes. Vite, profitons du sentiment vengeur de la population pour lancer une nouvelle loi...

Après l'enlèvement et le viol du petit Enis par le multi-récidiviste Francis Evrard en août 2007, notre président (qui dit-ce-qu'il-fait-et-fait-ce-qu'il-dit) avait reçu en grandes pompes à l'Elysée le père de la victime Mustafa Kocakurt. La garde des Sceaux Rachida Dati s'était rendue à Roubais (accompagnés d'une flopée de journalistes) pour féliciter les policiers qui ont retrouvé l'enfant et voir la famille. A l'issue d'une réunion avec les ministres (le 20/08/2007), Nicolas Sarkozy annonçait les mesures pour empêcher les récidives. Dorénavant, les pédophiles à risque ne sortiront plus de prison à la fin de leur peine mais seront examinés par un collège de médecins. "Et si ce collège de médecins reconnait leur dangerosité, ils ne seront pas remis en liberté, ils iront dans un hôpital fermé où ils seront soignés", a expliqué le président devant l'Elysée. "Ceux qui n'accepteront pas d'être soignés resteront dans cet hôpital fermé" [à partir de 1'15 de l'extrait du JT de TF1 ci-dessous]. Ceux qui accepteront pourront sortir "en portant un bracelet électronique en suivant un traitement hormonal, appelé comme vous le voulez... castration chimique. Les mots ne me font pas peur".






Récidives, libérations anticipées et castrations chimiques... Les débats portaient à l'époque sur les même thèmes qu'aujourd'hui. Pourtant, foi de Nicolas Sarkozy, tout cela allait changer. Le 10 août 2007, une nouvelle loi contre la récidive des mineurs et des majeurs est promulguée. Elle prévoit des peines minimales pour les récidivistes (à consulter ici) sauf dans certains cas, comme une garantie exceptionnelle de réinsertion pour l'accusé. Parmi les mesures, on retrouve aussi l'injonction de soins pour la personne condamnée et son placement sous contrôle électronique mobile. Pas de castration chimique (l'Assemblée n'avait pas accepté la proposition de loi), mais le bracelet électronique est adopté.

Le placement sous surveillance électronique mobile (PSEM) a pourtant été adopté dès 2005 avec la loi relative au traitement de la récidive des infractions pénales du 12 décembre. On retrouvait déjà l'injonction de soin pour "la personne faisant l'objet d'une libération conditionnelle", si "elle a été condamnée pour un crime ou un délit pour lequel cette mesure était encourue". Quant au suivi socio-judiciaire, il date de la
Loi du 17 juin 1998. Une fois de plus, les politiques s'étaient jetés sur cette loi après un fait divers dont les circonstances rappellent tragiquement le drame de cette semaine...

Qui a osé lâché "le monstre" ?


Le 2 juin 2005, Nelly Crémel a été tuée alors qu'elle faisait son jogging dans un bois à Reuil-en-Brie. L'un des deux meurtriers, Patrick Gateau se trouvait en liberté conditionnelle depuis deux ans malgré sa condamnation à la perpétuité en 1990 pour assassinat. Avant que ne se tienne le procès, le ministre de l'Intérieur de l'époque, un certain Nicolas Sarkozy, n'avait pu s'empêcher de s'en prendre au juge qui avait "osé remettre un monstre pareil en liberté conditionnelle". Selon le futur président, le magistrat devait "payer" pour sa "faute".

Le grand défenseur de la présomption d'innocence s'était déjà à l'époque mis les magistrats à dos.

Même l'avocate de la partie civil
e Catherine Bahuchet
avait préféré se désolidariser en soutenant que ce ne serait pas elle qui ferait du procès un "procès emblématique" de la récidive en ajoutant "je laisse ça au ministre de l'Intérieur". L'avocate avait plutôt insisté sur le manque de moyens de la justice. A l'audience (juin 2008), Patrick Gateau avait aussi dénoncé l'emprise du pouvoir sur le judiciaire en affirmant que Sarkozy avait "monté [l'affaire] en épingle", et l'avait dès le départ jugé "coupable". "J'ai déposé sept plaintes contre Nicolas Sarkozy, toutes classées par le procureur de Meaux", avait-il déclaré. "Je m'interroge sur l'impartialité de la justice". Le meurtrier, qui a écopé de la prison à perpétuité assortie de 22 ans de sûreté, a ajouté pendant le procès : "Je veux être condamné pour la juste valeur de ce que j’ai fait et pas sur ce qui a été dit, pas sur le concours de popularité répandu dans la presse par le président de la République, ministre de l’Intérieur à l’époque des faits".

Jugeons les juges


"Les droits de l’homme, pour moi, ce sont avant tout les droits de la victime", a prévenu le candidat à la Présidentielle Nicolas Sarkozy, en juillet 2006. Accusés, baissez-vous ! Les faits divers les plus scabreux débouchent régulièrement sur des diatribes populistes et de nouvelles esbroufes. A qui la faute si des "monstres" se baladent impunément en liberté ? Pas au dirigeant qui hurlera vengeance avec les citoyens et annoncera en grande pompe de "nouvelles" lois alors que les faibles moyens dont dispose la Justice ne permettent pas d'appliquer les dernières. La faute, alors, à des juges "jugés" souvent trop laxistes par Sarkozy. La question du suivi des prisonniers pour leur réinsertion paraît bien secondaire du côté des victimes. Cette fois, le rôle de "tonton flingueur" des magistrats est revenu à Brice Hortefeux : "


"Des réflexions très approfondies ont été conduites sur la question du traitement des criminels dangereux. Mais concrètement, ces deux questions sont toujours restées sans suite. Et les victimes comme leurs familles sont toujours restées seules. Elles voulaient que leur drame soient le dernier, elles attendaient des mesures concrètes... elles n'ont obtenu que de la compassion. Le silence de la loi n'est plus acceptable. Les Français ne le comprennent pas. Ils ont le sentiment que la Justice refuse de regarder les choses en face. Ils ont le sentiment que ceux qui les gouvernent sont indifférents. Ils pensent que chaque drame aurait pu être évité et ils ont la conviction que chaque vie aurait pu être sauvées".
Voir le compte-rendu du 8 janvier 2008 sur le site de l'Assemblée.



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> Crimes sexuels et châtiment

Une vie aurait pu être épargnée si l’application de la loi avait été faite dans l’intérêt des victimes". Michèle Alliot-Marie s'apprête à déposer un nouveau projet de loi après le meurtre de Marie-Christine Hodeau, alors que sa simple application aurait suffit d'après le ministre de l'Intérieur...

Ce ne sera que la troisième en quatre ans... le 25 février 2008, la loi relative à la rétention de sûreté était aussi censée régler les problèmes de récidive. Ecoutons plutôt [au début de ce reportage de la la Télé Libre] Rachida Dati expliquer, le 8 janvier à l'Assemblée Nationale, que jusqu'à maintenant les politiciens montraient de la compassion pour les familles sans mesure concrète. Mais que ce "silence" 'n'est plus acceptable". Un an et demi, déjà, et le discours n'a pas pris une ride.

►Par Laurent Macabies

 

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