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►TÉLÉPHONE ARABE + 10 VIDÉOS
"Si vous n'avez rien à vous reprocher, vous n'avez pas à avoir peur d'être filmé!", déclarait mercredi (09/09) Brice Hortefeux lors de son déplacement à Sartrouville pour parler de la vidéoprotection (voir sur le site du ministère de l'Intérieur). Deux jours après sa déclaration péremptoire, la vidéo qui accuse le ministre de l'Intérieur de racisme devrait le faire changer d'avis. Depuis sa mise en ligne sur le site du Monde hier (10/09) vers 17h, la séquence ne cesse de faire parler. Sans surprise, la gauche attaque le ministre que la droite défend. A quelques exceptions près, la plupart des hommes politiques ont donné leur avis (toujours très tranché) à la question: Hortefeux a-t-il tenu des propos racistes ? Si le débat passionne internautes (plus de 700.000 vues sur dailymotion le lendemain à 16h) et sites d'informations, il semble avoir laissé la presse écrite indifférente qui s'est montrée réticente à évoquer l'affaire dans l'édition de ce matin. Certaines chaînes de télévision auraient d'ailleurs vu la vidéo (voir plus bas) mais n'auraient pas décelé l'intérêt de la montrer. Comme l'a remarqué malicieusement le site d'Arrêt sur images, Le Figaro n'a diffusé la vidéo que le lendemain matin sur son site, "après 16 heures et 24 minutes d'enquête", en parlant très sobrement, dans l'article, d'une "réflexion équivoque" devant "un jeune Beur". Loin du "dérapage" affirmé partout ailleurs. Brice Hortefeux et ses collègues ont eu beau évoquer un malentendu, l'excuse n'a pas convaincu grand monde sur le web. Et les réactions se multiplient. Comme dirait le ministre, quand il y a une, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes.
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Le mystérieux auteur de la vidéo
Ce vendredi 11 septembre, lors du débat matinal sur France Info (à écouter sur le site), Laurent Neumann de Marianne confiait que la personne ayant filmé la scène a démarché les télévisions depuis lundi dernier sans succès. Le patron de la chaîne parlementaire LCP-AN Gérard Leclerc interviewé par le site Ozap précise que le document vidéo provient d'une équipe de Public Sénat (qui travaillait à Seignosse en collaboration avec LCP). Il aurait reçu la séquence à 21h30 le dimanche soir. "Mais nous n'avons pas le temps matériel de faire un sujet autour de cette séquence. Nous ne pouvions pas diffuser la séquence comme telle, sans recontextualiser et sans incruster des sous-titres. On prend donc la décision de ne pas la diffuser", raconte-t-il. Pourquoi ne pas l'avoir montrée le lendemain? "Nous aurions pu diffuser la vidéo dans le cadre de nos JT mais ils ne redémarrent que lundi", se défend difficilement le patron de LCP qui soutient qu'il n'y "a eu aucune censure". A la mi-journée, le site du Monde expliquait pourtant que la vidéo provenait d'un journaliste de leur rédaction.
Clichés et règlements de compte
Sale rentrée pour Brice Hortefeux, malmené le 30 août par Mélissa Theriau sur M6 (voir vidéo de l'interview) et critiqué pour son opération com' le lendemain, place Beauvau. Une petite heure après la diffusion de la vidéo du Monde, le ministre de l'Intérieur a réagi par un communiqué dans lequel il explique que sa fumeuse phrase -"Quand il y a une, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes"- faisait référence "aux très nombreux clichés qu'il venait de prendre avec la délégation auvergnate." Il y aurait eu donc beaucoup trop de photos pour Brice Hortefeux...
Sur RTL, jeudi soir, la version change légèrement. "Alors que j'arrive à la sortie, un jeune m'arrête et me demande une photo. Et j'ai simplement dit, en parlant des Auvergnats : 'Quand il y en a un, il y en a beaucoup et ça peut poser des problèmes' parce que je me dirigeais vers la sortie" (écouter le podcast sur le site). Hortefeux parle cette fois des Auvergnats.
Si au début de la scène, Jean-François Copé plaisante avec Brice Hortefeux de ses origines auvergnates, la suite paraît pourtant dériver vers un autre sujet. Voici la retranscription publiée par Le Monde :
Une militante : "Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière".
Brice Hortefeux : "Ah mais ça ne va pas du tout, alors, il ne correspond pas du tout au prototype. C'est pas du tout ça".
La militante : "C'est notre petit Arabe"
Hortefeux : "Bon, tant mieux. Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes. Allez, bon courage..." |
Mais pour le mot "prototype" alors ? Les Auvergnats ne correspondent pas au protoype catholique qui mange du cochon et boit de la bière ?! Non, Brice Hortefeux soutient sur France Info qu'il fait référence au profil auvergnat. Et que le jeune militant "ne correspond pas au prototype auvergnat, pas plus que moi d'ailleurs, puisque le prototype auvergnat c'est plutôt petit et rabelais, originellement". Notons que le militant fait partie de la section UMP de Dax qui n'est pas en Auvergne mais dans les Landes.
Brice Hortefeux a ensuite mixé photo et Auvergnat dans une interview pour BFM TV/RMC. Le ministre a précisé que "c'était une référence affectueuse, amicale à mes origines et au fait que je devais prendre des photos avec des militants auvergnats".
Le jeune militant UMP de 22 ans se nomme Amine Benalia-Brouch. Il a été très disponible pour la presse, répondant à quasiment tous les médias depuis hier. France Info s'est quand même fait raccrocher au nez au beau milieu de son explication (écouter le podcast sur le site). Le militant était en train de prétendre que Brice Hortefeux ne lui parlait "pas du tout à [lui] mais à une autre personne qui était à côté".
Sur LCI, Amine Benalia-Brouch a soutenu que le ministre "parlait des photos prises dans la journée".
Se disant harcelé, le militant a posté une vidéo sur Youtube. "Cette vidéo a créé un buzz et une polémique autour de Brice Hortefeux alors qu'il n'y a pas lieu. Il n'a pas tenu de propos injurieux vis à vis des arabes ou autres. On a juste parlé entre amis, entre sympatisants et militants UMP. Donc j'en ai marre d'être harcelé par les médias, la presse écrite, la chaîne de télévision parce qu'il n'y a pas de polémique à crééer. Il n'y a aucun dérapage de la part du ministre de l'Intérieur M. Hortefeux".
Le préfet Paul Girot de Langlade, fraîchement démis de ses fonctions pour injures racistes, ne cherche même pas à masquer sa jubilation. La veille de la sortie de la vidéo, le préfet s'est fait interviewé par TV Tours (voir vidéo). Paul Girot de Langlade parlait du "fait du prince". "Je rappelle que ma présomption d'innocence a été bafouée par le ministre de l'Intérieur. Je trouve que c'est complètement démesuré. Je pensais que comme tout fonctionnaire j'aurais le droit à un passage en conseil de discipline pour être entendu. Mais je n'ai pas eu ce droit."
Après la mise en ligne de la vidéo, Paul Girot de Langlade a réagi sur France Info: "Le plus raciste des deux, c'est pas moi" Et toc ! "Je souhaite qu'il vienne me rejoindre [à la retraite] comme ça on sera deux", a-t-il ajouté.
Interviewé par lepoint.fr (écouter le podcast audio sur le site), le facétieux préfet a aussi blagué sur cette histoire d'arroseur arrosé: "Ecoutez, ça me réjouit parce qu'il va voir ce que ça fait d'avoir tous les médias sur le dos. [...] Il n'a pas hésité lui à me mettre à la retraite anticipée donc peut-être que lui aussi on va pouvoir le mettre à la retraite! Comme ça, comme il habite pas loin de chez moi, comme ça, comme il habite pas loin de chez moi on pourra faire du bruit [...] En attendant, ça me fait rigoler quand même".
À Droite : le bouclier Auvergne
L'inimitable Frédéric Lefebvre était hier soir chez Karl Zéro (BFMTV) qui n'a pas manqué de lui parler du buzz. Le porte-parole de l'UMP savait déjà que Brice Hortefeux visait les Auvergnats avec le terme "prototype". "Brice, je le connais depuis toujours, c'est le spécialiste de l'autodérision quand il parle des Auvergnats", s'amuse-t-il. Lefebvre est certain que l'affaire n'ira pas plus loin en évoquant les appels à la démission lancés par Benoît Hamon (voir plus bas) : "Cela prouve que la gauche est prête à tout pour nous nuire". "Benoît Hamon, c'est toujours très sérieux", ironise-t-il. "Il en appelle à Nicolas Sarkozy [...] Je suis sûr que ça n'arrivera même pas jusqu'aux oreilles du Président". Le paradoxe dû à la condamnation du préfet Langlade sans plus d'élément par Brice Hortefeux ne chagrine pas plus Lefebvre. "Il avait déjà eu l'autre fois un problème !", dit-il en guise d'argumentaire. En fin politicien, l'ex député met fin au débat en interpellant son interlocuteur : "Karl ! Brice tu le connais !"
François Fillon a été le premier à réagir au JT de TF1. "Il est victime d'une campagne de dénigrement assez scandaleuse". "Il n'y a pas l'ombre du début d'une polémique", a ajouté le premier Ministre.
Comme Frédéric Lefebvre, le patron de l'UMP Xavier Bertrand a vu dans cette vidéo une attaque insidieuse des socialistes.
Luc Chatel n'a rien vu... mais il sait tout. Le ministre de l'Education et porte-parole du gouvernement était ce matin (11/09), sur France Info : "Je ne l'ai pas vu car j'ai compris qu'il s'agissait d'une polémique absolument ridicule". Se fondant sur les réactions du militant UMP et de Brice Hortefeux, Luc Chatel a déclaré : "Il n'y a aucun propos raciste qui a été prononcé par Brice Hortefeux". Pour le porte-parole du gouvernement, la démission du ministre de l'Intérieur "n'est absolument pas d'actualité".
Toute la droite est unanime. Toute ? Non. Le trublion Dominique de Villepin a expliqué sur Europe 1 qu'il "n'aime pas les procès d'intentions politiques"... tout en trouvant que "les propos et les explications du ministère de l'Intérieur sont un peu alambiqués". Villepin rapelle aussi qu'il connait bien Brice Hortefeux qui a été son ministre mais ne se prononce pas quand Jean-Pierre Elkabbach lui demande s'il le croit raciste.
Les absents en disent parfois plus que les présents. A l'UMP le grand silence de Jean-François Copé (à l'heure où nous écrivons ces lignes) peut paraître étonnant. Le patron du groupe UMP présent sur la vidéo avec Brice Hortefeux a indiqué à LCI qu'il ne souhaitait faire "aucun commentaire" sur cette séquence. Pas de nouvelle non plus de Rama Yade qui avait fustigé en février 2008 "Cette gauche qui s'en prend à [elle] parce qu'[elle] est Noire".
À Gauche : Hortefeux à volonté
Pour le PS, la polémique tombe à point nommé. Exit le débat sur la fraude électorale dont aurait profité Martine Aubry, les socialistes sautent sur l'occasion offerte involontairement par Hortefeux pour éviter le sujet qui fâche. Et une fois n'est pas coutume, le camp semble être unanime, avec un mot d'ordre: "démission".
Le porte-parole du Parti socialiste a diffusé une vidéo, dans laquelle il dénonce "les propos honteux et inqualifiables" du Ministre de l'intérieur, qui "stigmatisent les populations d'origine immigrée". Benoît Hamon demande la "démission immédiate de Brice Hortefeux", déclarant "inouï qu'il puisse encore rester quelques heures dans ce gouvernement" et s'étonnant que Nicolas Sarkozy "n'ait pas décidé de le sanctionner immédiatement".
Même son de cloche pour Martine Aubry, qui s'est dit "consternée et choquée par les propos insultants tenus par le Ministre de l'intérieur", au micro de France Info. Rappelant que Brice Hortefeux "a dit la semaine dernière qu'il n'accepte pas qu'un haut représentant de l'Etat tienne des propos racistes ou discriminants", la première secrétaire du PS exige qu'il "s'applique la même règle".
Sa rivale Ségolène Royal tient à peu de choses près le même discours. "Si l'on revient aux fondamentaux et aux principes il faut s'appliquer à soi-même ce que l'on fait aux autres : suspension et mise à la retraite d'office. C'est ce qu'il (le ministre de l'Intérieur) a fait à Girot de Langlade, donc il faut qu'il nous explique pourquoi il ne s'applique pas à lui-même ce qu'il a appliqué à l'un des préfets de la République." , a-t-elle déclaré ce matin sur France Inter.
Sur son site, le Mouvement des jeunes socialistes titre son communiqué de presse "Le bruit et l'odeur du racisme". Celui-ci affirme sobrement que le Ministre "doit remettre sa démission", car "Monsieur Hortefeux ne doit pouvoir s’en tirer avec de simples excuses."
Le secrétaire national du PS chargé des services publics, Razzi Hammadi, va plus loin : "A ce niveau, je ne demande pas au ministre de démissionner, mais au président de la République, en tant que garant des valeurs et de l'unité nationale, de le lui demander", estimant que "les images parlent d'elles mêmes. Les mots sont sans équivoque. L'allusion n'est plus une allusion. Nous sommes dans des propos racistes".
Jean-Luc Mélenchon, leader du Parti de gauche, s'exprimait hier soir (10/09) sur LCI. A la question de Michel Field de savoir si lui aussi, comme Benoît Hamon, souhaite la démission immédiate du Ministre de l'intérieur, le sénateur répond que "d'abord il faudrait qu'il s'excuse", puis déclare ne pas "trouver mauvais que les Français voient à qui ils ont à faire."
Le nouveau parti anticapitaliste d'Olivier Besancenot a également publié un communiqué, dans lequel "il condamne ces propos racistes de l'actuel ministre de la sécurité, fer de lance de la politique contre les immigrés du gouvernement Sarkozy avec, par exemple, 29 000 expulsions de sans-papiers l'an dernier", soutenant qu'après "avoir mis à la retraite le préfet qui trouvait qu'il y avait trop de noirs parmi le personnel à Roissy, il devrait s'appliquer la même peine et quitter, dès maintenant, ses fonctions de ministre."
Les Verts ont quant à eux dénoncé "un racisme banal, bête et méchant à la Dupont Lajoie", s'insurgeant qu'aujourd'hui "la dignité du pouvoir en place s'ébroue encore un peu plus dans le caniveau de sa pensée lepéniste. On sait dorénavant ce que M. Hortefeux a dans le ventre. Et ça ne sent pas bon."
Azouz Begag, ancien ministre à l'égalité des chances dans le gouvernement Villepin, n'est pas surpris par ce qu'il qualifie de "dérapage franchouillard raciste qui n'a rien d'étonnant venant d'un ministre qui mène une politique xénophobe" sur le site de LibéLyon. "Dans n'importe quel pays européen, un ministre qui tiendrait de tels propos quitterait le gouvernement. A part en France. Et peut-être dans l'Italie de Berlusconi", poursuit Azouz Begag. D'après lui, "au minimum, Hortefeux devrait présenter publiquement des excuses. Comme aurait dû le faire Nicolas Sarkozy après avoir parlé de racailles. Ces gens ne se rendent même pas compte qu'ils blessent des millions de personnes". Lui-même affirme avoir été victime, alors qu'il était membre du gouvernement, d'un dérapage d'Hortefeux.
Robert Hue, sénateur PCF du Val d'Oise, ne mâche pas ses mots, invité de Christophe Barbier sur LCI. "Quand on a siphonné les voix du Front national, d'une façon inconsciente et générale, on doit entretenir cet électorat et ça (cette vidéo) y participe", attaque-t-il. "C'est une démarche qui est grave, ça va au-delà du dérapage." Pour autant, il estime que "personne n'aura sa démission car l'UMP fait bloc derrière, la réalité est que son image est ternie. Et quand l'image d'un ministre est ternie, c'est la République qui est ternie."
Les associations n'hésitent pas à ajouter leur voix à ce tollé général. Le MRAP évoque une "dangereuse obsession des origines". "Visiblement, Monsieur Hortefeux ne considère pas ce jeune Français issue de l’Auvergne, et d’origine 'arabe' supposée, comme un Français à part entière. Vis-à-vis de ce jeune militant de son propre parti, il fait preuve d’une fixation sur l’origine, révélatrice de ce qu’il faut qualifier de véritable obsession chez ce ministre. 'Il n’a pas le prototype', dans ce contexte, signifie visiblement : pas le prototype 'blanc'", regrette l'association.
Le CRAN, conseil représentatif des associations noires de France, publie également un communiqué dans lequel il se dit "choqué par ces propos inacceptables, qui contreviennent aux valeurs de notre République. Le CRAN, qui avait réclamé qu’une mesure disciplinaire soit prise à l’encontre du préfet Paul Girod de Langlade, demande aujourd’hui à Brice Hortefeux de s’expliquer sur ces propos, dans les meilleurs délais."
Le gouvernement fait bloc derrière le ministre, l'opposition est unanime quant à la tournure que doit prendre cet "après-dérapage", chacun y allant de sa déclaration ou de son communiqué. Mais Manuel Valls, lui-même à l'origine d'une polémique pour ses propos controversés sur la population d'Evry, reste silencieux...
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Publié le 11/09/09 à 18:15 |
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Les excuses d'Hortefeux sont plus que vaseuses et ne collent pas du tout avec la vidéo intégrale proposée par Public Sénat.
Soit le son de la vidéo est truquée.
Soit Hortefeux a un humour douteux à tendance raciste.
Quelle est la plus crédible?
De toute manière le fait que Le Pen prenne sa défense, contrairement à la Marine, suffit à comprendre le schmilblick.
Les gens qui se ressemblent s'assemblent!
Hortefeux démission!
Pourquoi les parlementaires de l'opposition ne font pas grève? Seul moyen de pression efficace face à ce dénigrement des valeurs républicaines.
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