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Quand Boutin botte en touche
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Christine BoutinAinsi donc, Christine Boutin a "essayé le préservatif" et sait de quoi elle parle. Du moins l'a-t-elle prétendue sur le plateau de l'émission "Questions de génération", diffusée mardi 7 février sur France 4. Que l'on puisse douter que la présidente du Forum des républicains sociaux ait laissé un stylo sans capuchon lui compter fleurette au cours de ses 42 ans de mariage (avec son cousin germain) n'a que très peu d'importance. Non, cette dernière "révélation" illustre l'incapacité récurrente de la ministre du Logement et de la Ville à maintenir ses prises de position très tranchées. Lorsqu'elle parle d'homosexualité, d'avortement, d'euthanasie, de pornographie ou de capote, les propos de Christine Boutin, guidés par sa ferveur catholique, scandalisent souvent. Située tantôt à droite de Nicolas Sarkozy, tantôt à sa gauche, la ministre oscille entre idées impopulaires et besoin de considération. Bakchich.tv vous propose un retour sur les prises de positions les plus controversées et voltes-face de Christine Boutin.
►Par LAURENT MACABIES

En passant, Christine manie aussi l'humour involontaire.
"Il faut retrouver le sens profond de l'acte sexuel", affirme-t-elle dans l'extrait ci-dessous.





Boutin et la capote

Si Christine Boutin s'est sentie obligée d'affirmer qu'elle avait testé la capote, c'est pour calmer la levée de boucliers après sa réaction aux propos du pape (voir "Quand le pape papote de la capote"). "C'est vraiment des questions franco-françaises", s'emporte-t-elle sur RTL le lendemain (18 mars), "n'attendez pas que le pape dise qu'il faut mettre le préservatif, hein". Sa position ? "Moi je pense que ce n'est pas drôle de mettre le préservatif quand on fait l'amour". Ecouter l'interview plus longue sur rtl.fr.



Deux jours plus tard, Boutin se doit de rectifier le tir. La ministre, sans doute "chapeautée" par la majorité gouvernementale qui n'a pas appréciée sa position, affirme que "le préservatif est nécessaire". Elle nuance franchement sa déclaration précédente : "Il faut l'utiliser, mais réduire l'acte d'amour, le sens de l'acte d'amour, de l'acte sexuel au seul usage du préservatif, ça suffit pas". "Qu'est-ce que c'est être catholique, c'est la religion de l'amour et c'est la religion du pardon", a souligné  Christine Boutin, ajoutant : "A partir de ces deux principes-là, chacun fait comme il peut, comme il veut". Ecouter l'interview complète sur le site de RTL.

"Comment peut-elle savoir ce que cela fait de mettre un préservatif ?", a-t-on pu lire sur la plupart des sites qui ont diffusés la déclaration. Les réactions se sont enchaînées et la nuance apportée par Boutin n'a pas calmé tout le monde. Didier Porte (de France Inter), flingue sous la ceinture avec humour [vers le fin de la vidéo à gauche]. La lettre ouverte assez virulente de Michel Cymès, présentateur du "magazine de la santé" (France 5), a été vue près de 10.000 fois sur dailymotion.

envoyé par Rive-gauche

envoyé par zap-tele

Boutin et l'avortement

En 1986, Christine Boutin vient de quitter son poste de journaliste au mensuel du Crédit Agricole "Dossier familial". Fraîchement élue député et maire adjoint de Rambouillet (Île-de-France), elle est membre d'un "groupe d'études parlementaire pour favoriser l'accueil de la vie". Son premier cheval de bataille: supprimer le remboursement de l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Elle justifie son action: "Je ne pense pas que l'on puisse résoudre le problème de la suppression de la vie par un problème de remboursement ou de petits sous, ou de gros sous". "C'est une position de fond et de liberté de la femme", ajoute-t-elle. Boutin (pas encore relookée) s'enflamme : "L'avortement est un assassinat".

En 1993, Boutin fonde l’Alliance pour les droits de la vie, devenu depuis un des principaux lobbys "pro-vie" (c'est à dire anti-IVG, contre l'euthanasie, la peine de mort et la contraception).
Voici un extrait du site Internet : "Entre le préservatif et la pilule du lendemain –censés l’un et l’autre «libérer» la relation sexuelle de ses conséquences – bien des filles ont perdu un argument pour dire «non» (c’est leur droit) ou «pas maintenant» (c’est aussi leur droit)".
En 2005, elle accuse implicitement le Planning Familial de "faire pression pour inciter les femmes à avoir recours à l'IVG" (voir L'Humanité du 22 décembre 2005). Mais, en 2006, à l'occasion de la sortie de son livre "Je ne suis pas celle que vous croyez" et des élections présidentielles (auxquelles elle renonce finalement), Boutin adopte une attitude plus fuyante sur cette question très impopulaire. Passant rapidement sur les questions relatives à son statut de "consulteur de la Sacrée congrégation Pontificale pour la famille" auprès du Vatican, elle jure n'avoir "pas du tout infléchi [sa] pensée". La Boutin "new look" explique pourtant qu'elle "n'arrête pas de dire depuis 20 ans qu'[elle] ne reviendrait pas sur la loi de l'avortement".

envoyé par prince_de_conde

envoyé par FRS-ladroitehumaine


Boutin et la pornographie

1992, le Sida a dix ans. Dans ce débat télévisé ayant pour thème "Le sexe en danger", Christine Boutin trouve "stupide" la fermeture du bois de Boulogne pour éviter le Sida et la prostitution, "car ça continuera une rue plus loin". "C'est un alibi", juge-t-elle en expliquant qu'on "a tellement pris conscience du problème du Sida, qu'on essaie de trouver des dérivatifs". Boutin parle aussi de son projet de loi visant à restreindre et taxer les messageries roses sur Minitel. "De véritables incitations à la débauche", selon elle.

En 2002, elle va beaucoup plus loin que la signalétique instaurée par le CSA pour les films X et dépose un projet de loi visant à interdire "purement et simplement" les scènes de pornographie et de violence gratuite à la télévision (voir assemblee-nationale.fr): "le visionnage de ce genre de programmes par le plus jeune public peut être apparenté à une véritable violence et induire de nombreux dégâts, perturbations psychiques et autres dérèglements, analogues à ceux d'un abus sexuel". Le réalisateur Jean-Jacques Beneix parle d'une "minorité de jaucrisses et de Tartuffe qui veulent qu'on mette des culottes aux ours dans les zoos". Son opposition à la représentation de la sexualité à la télévision et au cinéma est une des seule que Boutin n'a jamais édulcorée en public au cours des vingt dernières années.


Boutin et le PACS

Députée des Yvelines, Christine Boutin se fait connaître du grand public pendant le débat sur le Pacte Civil de Solidarité (PACS) pour les couples non-mariés, auquel elle s'oppose farouchement en 1998. A l'Assemblée, elle tient un discours de près de deux heures et demi pour défendre sa position. La députée a déclaré: "Qu’est-ce que l’homosexualité, sinon l’impossibilité d’un être à pouvoir atteindre l’autre dans sa différence sexuelle?" Ou encore : "Toutes ces acrobaties biologiques et sociales pour justifier l’accession d’un couple homosexuel à la paternité ou la maternité me semblent relever d’un fantasme narcissique d’auto-engendrement". Suite à ces déclarations, le Premier ministre Lionel Jospin accuse Christine Boutin d'être "marginale" et "outrancière dans ses propos".  Boutin pleure dans l'hémicycle. Elle en a même fait un livre ("Les larmes de la République"). La fervente catholique amalgame le PACS au mariage homosexuel : "Je ne suis pas favorable au mariage homosexuel car je ne crois pas qu'il soit bon d'ériger en norme l'homosexualité..."

Boutin avait notamment brandi la Bible au cours d'un débat. Elle l'a nié dans sa version "new look" (voir l'interview plus haut de Dimanche +), expliquant qu'il s'agissait en réalité du règlement de l'Assemblée nationale. Sans doute une façon de laisser entendre qu'elle est souvent mise à l'index parce qu'elle est catholique, plus que pour ses idées. Dans cette interview pour vodeotv, elle présente la Bible qu'elle a brandie à l'Assemblée...

Certaines associations gays accusent Boutin d'homophobie depuis cette période. Candidate à la Présidentielle de 2002, la chef de file des anti-PACS est interrompue lors d'un meeting au Zénith (qu'elle parvient à remplir) par des membres d'Act-Up. Une banderole "Homophobe" est affichée pendant son discours. Après que le service d'ordre ait évacué les invités, la député s'assoit sur un fauteuil et clame, très solennelle: "Les homosexuels, qu'ils le veuillent ou non, je les aime"...
Ne pas manquer également (dans la vidéo), le spot de campagne où elle présente les membres de la famille.

Quand quelqu'un est accusé de racisme, il explique souvent qu'il a des amis maghrébins ou qu'il aurait voté Obama. Le cheminement est le même pour Boutin, traitée parfois caricaturalement d'homophobe. Lors du dernier débat sur l'adoption des couples homosexuels, la ministre a indiqué qu'elle soutenait Roger Karoutchi, qui venait de faire son "coming-out" parce qu'elle le connaît depuis longtemps [interview de BFM TV à gauche].
Courageuse mais pas téméraire, Boutin "tient à préciser qu'elle intervient en tant que Présidente du Forum des Républicains sociaux" et qu'elle est "solidaire du gouvernement", même si elle n'est pas d'accord avec Nadine Morano [vidéo de droite de France 3]. Au lieu d'affirmer franchement son opposition avec ce projet, elle sort une argumentation on ne peut plus alambiquée: "Il ne s'agit pas du tout d'être passéiste, il s'agit une question d'actualité qu'il faut examiner mais [...] je me pose la question de savoir si, aujourd'hui, dans la crise dans laquelle nous sommes, il est nécessaire de troubler les repères pour l'enfant dans un moment où chacun cherche ses marques". Insister (à plusieurs reprises) sur le moment inopportun causé par la crise au lieu de clairement afficher les points de désaccord paraît assez démagogique. Le pompon, Boutin explique que la loi de Jospin (avec qui elle s'est tant opposé) sur l'autorité parentale, qui "reconnaît l'autorité parentale pour les familles homosexuelles", "répond parfaitement à ses questions". "Monsieur Jospin a très bien fait les choses", ajoute-t-elle.

envoyé par GayClic

envoyé par GayClic

Boutin et l'euthanasie

Fidèle à ses principes religieux, Christine Boutin s'est aussi farouchement opposée à l'euthanasie. Interviewée sur France 3 pendant la polémique alors que les députés débattent sur la possibilité de légaliser l'accompagnement de fin de vie en 2003, elle tient à ménager la chèvre et le chou tout en réaffirmant sa position. Un numéro d'équilibriste: "Cela ne relève pas de la loi mais qu'il faut laisser cela dans l'intimité. Le problème de la mort ne relève pas de la loi..." Elle parvient tout de même à placer le mot "meurtre" en évoquant cette pratique: "L'interdit du meurtre est un interdit fondateur dans toute société et à partir du moment où on met une faille dans cet interdit, c'est toute la société qui se disloque et on laisse l'homme ou la femme, seul devant cette responsabilité et je crois que la loi n'a rien à voir là dedans". Les partisans de l'euthanasie pourraient entendre par là que chacun a le libre-choix. Que nenni. Cinq ans plus tard, Boutin, plutôt discrète sur cette question se prononce sur "l'affaire Chantal Sébire", cette mère de famille de 52 ans défigurée par une maladie incurable (qui l'a faisait souffrir et l'avait défigurée), qui avait lancée un appel à la justice pour "avoir le droit de mourir". Sur RMC, répondant à une question du journaliste Jean-Jacques Bourdin "Vous ne reconnaissez pas le droit de mourir à Chantal Sébire parce qu'elle ne peut plus vivre ?", elle avait répondu : "Mais pourquoi ne peut-elle plus vivre? Parce qu'elle dit qu'elle souffre mais il y a les médicaments qui peuvent empêcher cette souffrance, parce qu'elle est difforme mais la dignité d'une personne va au-delà de l'esthétique de cette personne" [voir interview complète]. Une vision très partiale de la souffrance de cette femme (qu'elle jugeait "instrumentalisée") et une pathétique de conception de la charité chrétienne qui avaient provoqué un tollé à droite comme à gauche.


Boutin et le 11 septembre

Mais que viennent faire les attentats sur les tours du World Trade Center ici?! Cette interview assez incroyable menée par Karl Zéro de celle qui ne faisait pas encore partie du gouvernement (en novembre 2006) est révélatrice de son populisme. Un bloggeur du site ReOpen911 (qui propage les thèses conspirationnistes) demandait à Christine Boutin si elle pensait que Bush pouvait être à l'origine de ces attentats. "Je pense que c'est possible", a-t-elle répondu. Sur quoi se base-t-elle? Le très fort taux de visite des sites "qui parlent de ces problèmes". Même Jean-Marie Bigard avait des arguments plus solides...
La future ministre a quand même précisé à Karl Zéro: "Je ne te dis pas que j'adhère à cette posture, mais je m'interroge quand même un petit peu sur cette question". Cette précision a été ôtée de la vidéo ci-dessous mise en ligne par ReOpen911 (voir l'interview intégrale sur leweb2zero).

envoyé par ReOpen911

Comme souvent, Christine Boutin a fait machine arrière... Cette fois là, elle a fait trouver une (mauvaise) excuse à son porte-parole. "Une phrase a été sortie de son contexte, c’est un grand classique", a-t-il justifié. Avant d'ajouter : "Comme elle me le rappelait toute à l’heure, cette émission de Karl Zéro avait lieu à un moment particulier: à l’époque, Nicolas Sarkozy était accusé d’avoir une vision ultra-atlantiste, et elle ne pouvait pas s’engager sur ce terrain en défendant Bush". Boutin aurait donc "dérapé" pour se faire bien voir du président. Voir détails ici.



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