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Et si Dieudonné n'avait jamais existé...

►CLOWN TRISTE + 5 VIDEOS

Surfer sur les relents communautaristes pour s'ériger en représentant des "anti-communautaires"... Pas de doute, Dieudonné est bien un homme politique. Ce week-end, l'ancien talentueux humoriste a annoncé sa candidature aux élections européennes en Ile-de-France. Un retour sur le terrain politique qu'il n'a jamais vraiment quitté ses dernières années, transformant régulièrement ses spectacles en meeting. Le "programme" (sic) de sa candidature qui "ne se cache pas" est clairement "affirmée" : "l'antisionisme".

Début de sa conférence de presse du 21 mars 2009 (voir aussi la deuxième partie et la fin). Vidéo mise en ligne par le "Centre Zahra", une association musulmane chiite diffusant une virulente propagande antisioniste et qui invite régulièrement des conférenciers condamnés pour antisémitisme (voir "Les amis très particulier du Centre Zahra" sur lexpress.fr).

 

Au cours de la conférence de presse dans son théâtre de la Main d'or, Dieudonné est revenu sur le lynchage politique dont il dit avoir été victime, dénonçant des "menaces" du maire de Paris Bertrand Delanoë. "Récemment, le Parti socialiste et l'UMP m'ont déclaré une guerre culturelle suite à un sketch qui n'a pas été apprécié par tous", a-t-il débuté. "Une saillie drôlatique", a-t-il crû bon de qualifier le scandaleux passage du révisionniste Robert Faurisson dans son spectacle. Dieudonné qui s'est comparé à "Molière, qui a un moment donné s'est vu interdire à la Cour, les faveurs du roi", pense que sa candidature "s'inspire de cette résistance, de cette révolution engagée il y a peu de temps en Guadeloupe" et a multiplié les appels vers Elie Domota. Manque de bol pour lui, le leader du LKP a déjà répondu au Monde que cela ne l'"intéressait pas".

Une liste fleurant le révisionnisme

D'autres noms ont pourtant déjà été cités par Dieudonné. Ginette Skandrani, membre fondatrice des Verts exclue en 2005 pour ses contributions sur le site négationniste Aaargh (Association des anciens amateurs de récits de guerres et d'holocauste) considère Israël comme un Etat illégitime qui doit disparaître.
On ne présente, hélas plus, Alain Soral, ex-PCF puis FN, anti-gay, anti-féministe et anti-sioniste, ni Thierry Meyssan, fondateur du réseau Voltaire et porte-drapeau de la théorie du complot sur les attentats du 11 septembre 2001. Dieudonné lâche aussi le nom du président du Mouvement des damnés de l'impérialisme (MDI) Kémi Séba, créateur de la Tribu Ka qui prônait la séparation raciale et en appelait à la mort d'Israël avant sa dissolution en 2006. L'humoriste sarkozyste Jean-Marie Bigard, qui a créé une polémique l'an dernier en défendant la thèse du complot sur le World Trade Center, pourrait aussi faire partie de la "fine équipe"... "Tous ceux qui se sont heurtés à un moment donné à la pensée unique", a précisé Dieudonné. Ceux qui ont plus ou moins flirté avec des thèses révisionnistes, pourrait-on ajouter.


Mémoire contre mémoire

Pince-sans-rire, Dieudonné, qui a plusieurs fois loué "le charisme de Ben Laden", a également indiqué que le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad "aura la possibilité d'être sur la liste", "s'il veut s'installer ici". Dans sa position préférée de victimisation, Dieudonné a enchaîné les poncifs sur le sionisme en France : "Je pense que l'antisionisme sera la grande ligne de fracture qui nous opposera à tous les autres partis. Car le sionisme gangrène la France. C'est un danger". Car Dieudonné voit des sionistes partout. "Je pense que tous les autres partis, tous les autres mouvements sont sionistes", prétend-il. Le comédien, qui prétend vouloir se "battre contre le repli communautaire" incarné par le CRIF ("organisation mafieuse qu'il faut chasser"), n'hésite pas à invoquer la traite des Noirs pour appuyer son discours. Celui qui avait été condamné en juin dernier pour avoir décrit la commémoration de la Shoah comme une "pornographie mémorielle" a comparé plusieurs fois son mouvement aux "nègres des champs qui s'évadaient [...], ils avaient une seule idée en tête c'est se libérer de l'oppression". L'oppression représentée bien évidemment par les sionistes. "C'est le même système béké qui est en France", a-t-il repris en se comparant à nouveau aux Antillais. Puis ajoute, plein de sous-entendus : "Je pense l'avoir localisé".
Il serait faire injure au jugement de Dieudonné de croire que l'humoriste n'a pas conscience de dresser les communautés les unes contre les autres. En prétendant agir au nom d'une liberté d'expression (qui la vite dépassée), le comédien, qui se défend pourtant d'antisémitisme fait le jeu de ceux qu'il prétendait combattre. Un humoriste qui, pour ses premiers pas dans la politique, tenait un discours beaucoup plus pacifié. Retour sur le Dieudonné "politiquement correct".

 

"Peuple de France, je vais te conduire vers la lumière!", a clamé à deux reprises Dieudonné pendant sa conférence de presse le week-end dernier. En 1997, alors qu'il se présente aux législatives de Dreux (Eure-et-Loir), le comique s'adresse déjà ainsi à ces concitoyens. Dieudo, présenté comme un "fantaisiste" "sympathique" sur le plateau du journal d'Antenne 2, alterne l'humour et le sérieux. "A Dreux, il y a une communauté l'une face à l'autre", indique le candidat. "Moi qui suit le fruit de deux communautés, je sais que le dialogue est possible", ajoute-t-il. S'inscrivant dans ce qu'à entrepris Coluche, Dieudonné semble vouloir bâtir un vrai projet afin de trouver des logements pour les jeunes de Banlieue. Il parvient à capter 7,74% des suffrages, contribuant largement à la défaite de la candidate FN Marie-France Stirbois. L'humoriste dit comprendre les électeurs du Front national même s'il se "situe évidemment de l'autre côté, à l'inverse, en parfaite opposition avec ce parti de l'extrême et de ce grand marabou borgne". Il ne se doutait alors pas qu'une dizaine d'années plus tard, le "grand marabou borgne" deviendrait parrain d'un de ses enfants.

Malgré un échec relatif aux élections régionales de 1998, Dieudonné s'investit toujours dans l'Eure-et-Loir pour des projets sociaux. En 1999, il présente dans l'émission "D'un monde à l'autre" sa "ferme de la Moufle" en Drouais. Un bâtiment qu'il a voulu transformer en plate-forme culturelle. Mais, cette fois là, ce sont les villageois qui font preuve de communautarisme en faisant signer une pétition pour éviter les "personnes indésirables".

En 2002, Dieudonné essaie de se présenter aux élections présidentielles mais ne parvient pas à recueillir les 500 parrainages d'élus. Comme en 2006. Il tente dans la foulée les législatives à Sarcelles (Val d'Oise) mais est battu largement par Dominique Strauss-Khan. Sa campagne pour la présidentielle 2002 lui permet d'être invité sur des plateaux politiques. Ici, dans l'émission "France Europe Express", il s'oppose assez violemment à Jean-Pierre Raffarin sur l'image du politique, incarné selon lui par "l'homme blanc de 50 ans qui revendique une chrétienté". "On ne sait pas quelles valeurs, d'ailleurs, se cache derrière tout ça", ajoute-t-il. Mais Dieudonné ne dérape pas encore. Il explique porter le combat des mal-logés, des femmes ou des Guadeloupéens. Le très conciliant Raffarin dit respecter l'engagement de l'humoriste et partager son projet pour le logement. Mais, le discours est teinté d'un sentiment mémoriel que Dieudonné prétend combattre : "La France n'a pas changé depuis l'empire colonial".


En juin 2004, Dieudonné est candidat sur la liste Euro-Palestine qui obtient 1,83% des voix d'Ile-de-France aux élections européennes. Il rompt avec le mouvement quelques mois plus tard, en même temps qu'Alain Soral. En avril 2004, aux prémisces des polémiques après son sketch sur le colon nazi, Dieudonné est invité de Canal + pour présenter son spectacle "Mes excuses". Deux mois avant les élections, Dieudonné critique la politique de l'Etat d'Israël tout en gardant sa position de comique. Un "scoop" lâché durant l'émission : les enfants du libéral et très pro-américain Alain Madelin sont allés soutenir Dieudonné après son sketch... Pour parler de son "lynchage médiatique", l'humoriste explique "prendre bien les coups". "C'est traditionnel, peut-être parce que je suis descendant d'esclave", ajoute-t-il. En fin de vidéo, un passage amusant sur un collègue humoriste de Dieudonné : Bernard-Henri Lévy...

 

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