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Rachida Dati : les magistrats la jugent en blog
►BLOG MAGISTRAL +2 VIDEOS

Balance de la justice La journée d'action des magistrats l'a confirmée : les acteurs du monde judiciaire ne portent pas la Garde des Sceaux dans leur coeur (voir aussi ici). En 18 mois, Rachida Dati a réussi l'exploit de provoquer la colère des magistrats, réputés jusque là pour leur discrétion. Maître Eolas a créé (en 2004) un des blogs les plus lus en France (plus de 15000 visiteurs par jour, d'après lemonde.fr du 17/10/08). Cet avocat parisien, utilisant un pseudonyme, invite régulièrement d'autres juges, avocats ou procureurs à donner leur avis sur l'actualité judiciaire ou donner des conseils juridiques. Même s'il affirme que "Rachida Dati n'est pas le thème central du blog en dépit de ses efforts en ce sens", force est de constater que la Garde des Sceaux y est omniprésente. Eolas a eu la riche idée de lancer un appel à témoin (un comble pour des magistrats) à l'occasion de la grande journée de mobilisation. En peu de temps, 64 témoignages de magistrats en colère (regroupés sur ce lien) ont jailli sur le site. Des billets qui ne sont pas haineux envers la personnalité de la Garde des Sceaux mais qui analysent bien les problèmes de Dati avec les magistrats. Maître Eolas conclut la présentation de son projet avec poésie : "C'est l'extraordinaire maladresse confinant à l'incompétence de l'actuelle garde des sceaux qui a conduit à ce projet un peu fou. Qu'elle en soit remerciée. Donner envie aux magistrats de s'exprimer ainsi, ce qui va tant contre leur culture, restera sa plus grande réussite. Il y a des fleurs qui poussent dans les cimetières". Merci Rachida Dati.
►LAURENT MACABIES

VIDEO 1 (1'59) Le télézapping du Monde (23/10/08) revient sur les arguments des magistrats face à Rachida Dati.

envoyé par lemondefr

Vous voulez connaître la raison de la révolte des "petits pois" et savoir ce qui se trame "sous les robes" ? Suivez la flèche.


rachida m'a tuer Sur son blog, Eolas décerne épisodiquement le prix Busiris pour "récompenser" des personnes qui ont proférées "une affirmation juridiquement aberrante, si possible contradictoire, teintée de mauvaise foi et mue par l'opportunité politique plus que par respect du droit". Rachida Dati a eu "l'honneur" d'être la première lauréate à avoir été "distinguée" par deux prix Busiris. Le 3 mars 2008, pour avoir déclaré sur France 2 que la loi sur la rétention de sûreté était "rétroactive d'application immédiate". Le 16 juin 2008, pour avoir expliqué lors du procès Fourniret : "La loi sur les peines planchers a déjà été appliquée : 9250 décisions ont été rendues par les tribunaux, c'est la preuve que cette loi était nécessaire et attendue". Or, cette loi impose les peines planchers aux juges.
> Photo d'une manifestation à Pau contre la fermeture de la cour d'appel et du tribunal de grande instance de Bayonne (tirée de aqui.fr du 02/07/07).

Appel à témoins du Monde
►"Vous êtes magistrats et vous avez constaté un malaise dans votre profession depuis l'arrivée de Rachida Dati à la tête du ministère de la justice. Racontez-nous concrètement en quoi celui-ci consiste et comment il se traduit au quotidien"... Le site du Monde propose lui-aussi aux magistrats de faire partager leur (difficile) expérience depuis l'arrivée de la Garde des Sceaux. La Justice a la côte.

VIDEO 2 (0'24) Rachida Dati est sur la sellette, d'après de nombreux journalistes (voir par exemple l'article de La Provence du 24/10/08). L'an dernier, on la considérait comme une des "chouchous" du Président. Quand Nicolas parlait de Rachida, invitée à passer l'après-midi chez Michel Drucker (le 07/10/07), les superlatifs ne manquaient pas.

envoyé par Marcusgarvey

Petits poids►Au cours de la même émission, en commentant la nomination de sa Garde des Sceaux, Nicolas Sarkozy (qui a souvent critiqué le "laxisme des juges" durant la campagne présidentielle) met les "pieds dans le plat" en comparant les magistrats à des "petits pois". "Je n'ai pas envie d'avoir le même moule, les mêmes personnes, tout le monde qui se ressemble, alignés comme des petits pois" dit-il à Michel Drucker (lesechos.fr du 19/10/07). Devant le "chagrin" des magistrats, Rachida Dati les a assurés que le président ne parlait pas d'eux... mais des ministres du gouvernement (qui ont dû apprécier).


►Maître Eolas dit avoir vérifié l'identité des magistrats qui lui ont écrits. Mais, devoir de réserve oblige, tous les signataires ont des pseudos.
Extraits (choisis sélectionnés parmi les 30 premières missives) :


> Juge en peine : "[...] Nous devons dans notre travail refuser de réduire les solutions à nos préjugés et refuser de plaquer une vérité, mais trouver ces solutions par le bon sens et en respectant les valeurs que s'est donnée la société. Il serait bon que l'on procède de même avec les problèmes que nous rencontrons ou que nous posons. C'est somme toute la seule chose que je demande à travers le mouvement actuel des acteurs de la justice [...]"

> Morgane, magistrat : "[...] La Garde des Sceaux vous prend à témoin, vous citoyens, et vous ment. Elle vous donne des fausses indications sur le fonctionnement de la justice (elle s’est trompée plusieurs fois sur des fonctionnements judiciaires de base) et elle vous fait croire que les magistrats sont responsables de tous les problèmes et les drames judiciaires, par la stratégie du bouc émissaire. A chacune de ses apparitions, elle se montre en chevalier blanc, légiférant à tour de bras (médiatique). Mais à force de dire tout et son contraire, ses promesses sont du vent, elle vous ment [...]"

> Ada, magistrat et poète : "Amères sont les pensées du magistrat entrant Dans ce service public que personne ne défend. L’heure est à la méfiance, mais comment vous blâmer, lorsque l’on nous moque, qu’on ne sait rétorquer [...]"

> JB, juge d'instruction : "[...] Que penser d'un Garde des Sceaux qui n'entend exercer sa mission que dans le fracas et les effets d'annonce ? Que penser d'un Garde des Sceaux qui réforme la carte judiciaire avec un simulacre de concertation, alors même que cette réforme apparaît évidente pour tout le monde ? Que penser d'un Garde des Sceaux qui connaît aussi peu son ministère alors même qu'elle a été magistrate (certes, peu de temps) ? [...] La justice parfaite n'existe pas, mais la notre est mal en point [...]"

> Perello, magistrate : "[...] Et puis d'un trait de plume, on a décidé de rayer mon tribunal de la carte judiciaire et je me suis retrouvée à nouveau devant ce même sentiment d'inutilité. Mais je me bats, comme je peux, avec les moyens que je n'ai pas. Je devrais faire face à la réforme des tutelles, sans les moyens en personnel pour le faire. Et si j'échoue, on recherchera ma responsabilité [...]"

> Un magistrat : "[...] N'avons-nous pas oublié que la passion, la vengeance, l'automaticité sont incompatibles avec la justice ? [...]"

> Gascogne [Lettre à mon fils] : "[...] Ton métier ne sera jamais celui que j'exerçais lorsque tu étais jeune, et que tu venais me voir à l'audience. Je voyais dans ton regard que tu étais fier de ton père. Fier de ce qu'il apportait à la société. Malheureusement, les temps ont bien changé, et la justice n'est plus aujourd'hui qu'une administration comme une autre. Comme la Sécurité Sociale ou les impôts. Le justiciable veut son jugement favorable. Il prend son ticket et choisit son juge. Où est la justice, dans tout cela ? [...]"

> Motus, parquetier en région parisienne : "Je défère un sans-papier, je défère un prostitué, je défère un petit voleur, je défère un alcoolique, je défère un toxicomane, je défère un squatteur, je défère un trader, je défère un professeur, un avocat, un taserisé, un policier, un collègue, une bonne-sœur, je défère un stade entier (de siffleurs), je défère un mineur (parce qu'il est mineur), je défère la société entière, je défère n'importe qui (sauf mon procureur), je défère n'importe quoi, n'importe comment, le jour, la nuit, par tous les temps, mais pas assez j'en veux encore, des peines planchers. Et lorsque je n'aurai plus personne à déférer, lorsque mes chiffres viendront à chuter, Rachida je le sais, à défaut de moyens m'assignera d'autres priorités, me trouvera d'autres victimes à contenter, me fera de nouvelles lois, pour me fabriquer de nouvelles proies. Au nom de la loi".

> Marnie, juge d'instance : "[...] cette justice là, c'est finie. Sacrifiée sur l'autel de la carte judiciaire. Mon petit tribunal ferme ses portes le 31/12/2009. Je m'en vais rejoindre une grande juridiction, me diluer dans les arcanes d'une grosse machinerie judiciaire complètement grippée, asphyxiée par la masse des contentieux, sans moyens humains et matériels pour les traiter. Faire du pénal sûrement, beaucoup de pénal, il n'y a plus que ça qui compte, surtout les statistiques qu'il faut adresser 'en temps réel' à la chancellerie [...]".

> Un parquetier : "[...] un gouvernement qui veut faire croire qu'il assure la sécurité et protège les victimes alors qu'il créée des bombes à retardement en imposant de cogner plus forts sur des condamnés de plus en plus désinsérés à chacune de leur sortie de prison [...]"

> Veuxd'elle : "Je suis le petit assistant de justice qui se faufile derrière son magistrat ou sa présidente. Je suis à la fois trop près et trop loin pour savoir ce qui ne va pas mais je peux vous en dire deux mots. [...] On me dit que je dois faire comme les grands : une note, un projet de jugement et au suivant, une note, un projet etc… en droit des étrangers, beaucoup, des ordonnances, énormément. Parce que la pression des chiffres, l'engorgement des tribunaux et l'usine à gaz du « droit » des étrangers à conduit à ça, donner ce contentieux à de jeunes juristes qui sortent des banc de la fac et n'ont pas imaginé une seconde, du haut de leur vingtaine d'année, qu'ils pourraient avoir une responsabilité aussi écrasante. Bien sûr, sous le contrôle des magistrats, eux-mêmes débordés et courant après leur « norme » [...]. Moi aussi j'ai ma norme et mon quota à écouler. Chaque jour j'ai cette petite cloche dans ma tête qui me dit « tu en es à combien là ? C'est tout, c'est moins que le mois dernier, allez mets un coup de cravache mon petit ». Très relaxant comme son de cloche… Pourquoi ? Parce que nos gouvernants on eut l'ingénieuse idée de flatter le peuple dans ses plus bas instincts, la peur de l'autre, au détriment d'un idéal, une justice de qualité [...]".

> La Biscotte : "[...] Comparutions immédiates. Là, c'est la justice expéditive : en 48 h de moyenne, le type passe de la case arrestation à la case prison, sans toucher 20 000 francs ! Les victimes ont rarement le temps de se préparer (quand elles ont eu la chance d'être prévenues de l'audience), et le tribunal dispose que de très peu d'infos sur le prévenu. Aïe, il est en récidive, d'où peine plancher applicable. 3 ans de prison, ça fait beaucoup, non, pour un vol de CD à Carrefour avec un copain ? Le pauvre substitut est quand même obligé de la requérir, il n'a pas envie d'être convoqué place Vendôme, sinon ! Hein? Le suicide du mineur incarcéré ? Bah oui, là, il aurait fallu être moins sévère apparemment. C'est quoi déjà les symptômes de la schizophrénie ? [...]"
> T.I., seul juge d'un petit tribunal d'instance raconte l'émouvante histoire d'un certain Monsieur F. que vous pouvez lire ici (trop compliquée à résumer). Marcus Tullius Cicero, substitut, livre un "conte prophétique" intense, que vous allez pouvoir dévorer là. "L'angoisse du gardien des libertés au moment du penalty" d'Alex, juge du tribunal correctionnel, est à savourer ici.

> Désiré : "Je suis un très, très vieux petit juge dans un très, très grand palais. [...] Nous ne pouvons plus être jetés en pature aux médias mais surtout à ce peuple français pour tout et n'importe quoi : quand nous ne mettons pas en prison, quand nous mettons en prison, alors que nous faisons uniquement notre travail. [...] Mais si au gré de la vox populi (s'agit-il bien d'elle d'ailleurs?) et pour lui… plaire, je dois passer des nuits à répondre à d'autres juges (nos bœufs-carottes sont aussi des juges) voire à produire des attestations de bonne conduite à mon ministère, je pense que la coupe va être pleine. [...] Une société a les juges qu'elle mérite et le vieux, très vieux juge songe à la retraite…"

> Jojo [Cet ancien assistant de Justice affecté à un parquet cite un extrait d'un rapport du procureur général d'Alger du 3 décembre 1940 au représentant du gouvernement] : "[...] Ce qui ne doit plus subsister, c'est la conception bâtarde qui existait depuis trop longtemps : celle d'une justice théoriquement indépendante, mais qui, en fait souffrait de l'intrusion à peine voilée de l'exécutif et du législatif, et qui dépendait d'eux trop souvent [...] Quelque soit le statut de la Justice de demain, j'estime que le point essentiel de son organisation est celui de son recrutement. Il est indispensable que le magistrat ait des connaissances générales fort étendues, et qu'il ait la "foi" dans sa fonction [...]".

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[+/-]  Le 5 novembre 2008 - 17:58 Stéphane S a dit :

Un article intéressant qui vient illustrer que le web est un contre pouvoir qui tend à prendre de l'importance mais qui ne peut pas encore s'affranchir de la reconnaissance des médias traditionnels pour exister dans le grand public

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