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Revues de presse
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SOURCE DURE + 2 VIDEOS
Faire (correctement) son métier est parfois risqué. Guillaume Dasquié, écrivain et journaliste d'investigation (spécialiste des questions de défense et des services secrets), est en train de s'en rendre compte. Poursuivi pour "détention et divulgation" de documents classés secret défense, il a été mis en examen (le 06/12/07) puis laissé en liberté sous contrôle judiciaire. Il risque 5 ans de prison et 75.000 euros d'amende. Sa "faute" : il a révélé dans un article du Monde (du 17/04/07) "11 septembre, les Français en savaient long", des extraits de rapports de la DGSE qui prouvaient que les services de renseignement extérieur français avaient alerté leurs collègues américains que Al Qaïda projetait de détourner un avion. Ces informations avaient été envoyées aux USA en janvier 2001, soit 8 mois avant les attentats du World Trade Center... Lors de la parution de l'article, le Garde des sceaux avait été saisi par Michèle Alliot-Marie (alors ministre de la Défense) d'une plainte contre X. Guillaume Dasquié explique que "l'objet de la garde à vue était vraiment de connaître mes sources". On lui aurait ainsi fait comprendre qu'il était préférable (pour lui) qu'il "balance" son informateur (il parle de "chantage à la détention"). Apparemment, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire... Mais tout ça, c'est du baratin : prennez 17 minutes pour voir et écouter Dasquié expliquer ce qui lui tombe dessus et prenez encore 17 minutes pour lire l'article qu'on ne voulait pas que vous lisiez. Il est sous la vidéo.
LAURENT MACABIES / DSS.
> Détails
VIDEO 1 DOCUMENT Guillaume Dasquié sur France 5 ce week-end et en boucle sur dailymotion. 17 minutes d'interview avec en prime, les larmes de Paul Amar.
DOCUMENT1 Voici l'intégralité de l'article incriminé. En gros, Guillaume Dasquié révèle et prouve, documents à l'appui, que les (parfois excellents) services secrets français de la DGSE étaient parvenus à apprendre début 2001 qu'Al Qaïda projetait des attentats aériens. Cette révélation (explosive mais pas surprenante, au fond) touche un tabou : les secrets du 11 septembre. L'administration Bush a vu dans ces révélations une trahison de la part des Français. Et c'est pour ça qu'Alliot-Marie, la DST et la Justice frappent si fort : pour donner des gages aux Américains. Voici l'article qu'on ne voulait pas que vous lisiez :
11 septembre 2001 :
les Français en savaient long
C'est une impressionnante masse de documents. De loin, on croirait une thèse universitaire. De près, rien à voir. Des coups de tampons rouges "confidentiel-défense" et "usage strictement national" sur chacune des pages. En haut à gauche, un logo bleu roi : celui de la DGSE, la Direction générale des services extérieurs, les services secrets français. Au total, 328 pages classifiées. Notes, rapports, synthèses, cartes, graphiques, organigrammes, photos satellite. Le tout exclusivement consacré à Al-Qaida, ses chefs, sous-chefs, planques et camps d'entraînement. A ses soutiens financiers aussi. Rien de moins que l'essentiel des rapports de la DGSE rédigés entre juillet 2000 et octobre 2001. Une véritable encyclopédie... POUR LIRE LA SUITE, SUIVEZ LA FLECHE DE LA RAISON D'ETAT.
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> Le respect de la protection des sources et un principe essentiel de la liberté de la presse. Il garantit la discrétion du journaliste sur son interlocuteur. S'il n'était pas inscrit, beaucoup de personnes ne témoigneraient pas lors d'affaires importantes. La loi "Vauzelle" (PS) du 4 janvier 1993, a introduit un alinéa 2 à l'article 109 du Code de procédure pénale, qui dispose que "tout journaliste, entendu comme témoin sur des informations recueillies dans l'exercice de son activité, est libre de ne pas en révéler l'origine". Mais les moyens de contourner cette loi sont nombreux en France (beaucoup de nos voisins européens sont mieux protégés).
> A noter : la France est 31e du classement mondial de la liberté de la presse 2007, derrière la majorité des pays européens.
> Cette affaire ne semble pas freiner Guillaume Dasquié. Au contraire, le journaliste se dit "renforcé dans ses convictions" (afp.google.com du 07/12/07). Dasquié allume également MAM : "je pensais exercer un métier, vous m'avez démontré que c'est un sacerdoce. Grâce à vous, une détermination nouvelle désormais me conduit".
> Il est aussi l'auteur de Secrètes affaires (1999), Ben Laden, la vérité interdite (2001), Les nouveaux pouvoirs (2003) et Al-Qaida vaincra (2005). Voir sa wikibio et son CV. On peut aussi consulter des extraits de ses livres sur guillaumedasquie.net (blog officiel).
Ces dernières années, les perquisitions dans les bureaux de rédaction pour retrouver les sources de journalistes sont devenues de moins en moins rares.
> Le 13/01/05, une juge et une escouade de policiers investissent les locaux du Point et saisissent deux ordinateurs (lepoint.fr du 20/01/05). Le 22/01/04, le journal avait publié de larges extraits de transcription d'écoutes téléphoniques menées dans le cadre de l'enquête sur le trafic présumé de produits dopants au sein de l'équipe cycliste Cofidis. Le Point s'était procuré ces documents avant le juge d'instruction chargé du dossier.
> Au même moment, d'autres policiers perquisitionnaient dans les locaux de L'Equipe (lequipe.fr du 14/01/05). Le journal sportif (du 09/04/05) avait publié de larges extraits des procès-verbaux d’audition de plusieurs coureurs de Cofidis, pour certains mis en examen dans la même affaire de trafic présumé de produits dopants au sein de l’équipe cycliste.
> Le 23/06/06, les magistrats orléanais, mécontents d’un sujet diffusé sur France 3 Centre, faisaient perquisitionner les locaux de la rédaction afin d’obtenir les bandes que la rédaction en chef refusait de leur transmettre. Le 05/07/06, Midi libre est perquisitionné après une plainte pour "violation du secret professionnel". Le quotidien avait publié six mois plus tôt un prérapport de la chambre régionale des comptes, document qui avait vocation à devenir public. Les disques durs d’ordinateurs ont été copiés et saisis, la hiérarchie du journal a subi une série d’interrogatoires à l’hôtel de police. Voir ces affaires sur Le Monde via fairelejour.org.
> Selon une autre source proche de l'enquête (dont le nom n'est pas encore révélé...), il est également reproché à Guillaume Dasquié d'avoir divulgué un document du ministère des Affaires étrangères relatif à l’affaire Borrel (du nom d’un magistrat décédé dans des circonstances non élucidées à Djibouti) dans un article publié dans également dans Le Monde du 10/06/07 (tdg.ch du 07/12/07) (voir tout en bas).
> Voici l'intégralité de l'article incriminé. En gros, Guillaume Dasquié révèle et prouve, documents à l'appui, que les (parfois excellents) services secrets français de la DGSE étaient parvenu à apprendre début 2001 qu'Al Qaïda projetait des attentats aériens. Cette révélation (explosive mais pas surprenante, au fond) touche un tabou : les secrets du 11 septembre. L'administration Bush a vu dans ces révélations une trahison de la part des Français. et c'est pour ça qu'Alliot-Marie, la DST et la Justice frappent si fort : pour donner des gages aux Américains. Voici l'article qu'on ne voulait pas que vous lisiez :
11 septembre 2001 :
les Français en savaient long
par Guillaume Dasquié
C'est une impressionnante masse de documents. De loin, on croirait une thèse universitaire. De près, rien à voir. Des coups de tampons rouges "confidentiel-défense" et "usage strictement national" sur chacune des pages. En haut à gauche, un logo bleu roi : celui de la DGSE, la Direction générale des services extérieurs, les services secrets français. Au total, 328 pages classifiées. Notes, rapports, synthèses, cartes, graphiques, organigrammes, photos satellite. Le tout exclusivement consacré à Al-Qaida, ses chefs, sous-chefs, planques et camps d'entraînement. A ses soutiens financiers aussi. Rien de moins que l'essentiel des rapports de la DGSE rédigés entre juillet 2000 et octobre 2001. Une véritable encyclopédie.
Au terme de plusieurs mois d'enquête sur cette documentation très spéciale, nous prenons contact avec le quartier général de la DGSE. Et le 3 avril, l'actuel chef de cabinet, Emmanuel Renoult, nous reçoit sur place, dans l'enceinte de la caserne des Tourelles à Paris. Après avoir parcouru les 328 pages que nous posons sur son bureau, il ne peut s'empêcher de déplorer une telle fuite, tout en nous laissant entendre que ce paquet représente la quasi-intégralité des productions de la DGSE sur le sujet pour cette période cruciale. En revanche, sur le fond, impossible de lui soutirer le moindre commentaire. Trop sensible.
Il est vrai que ces chroniques des services secrets sur Al-Qaida, avec leurs diverses révélations, soulèvent quantité de questions. Et d'abord une surprise : le nombre élevé de notes uniquement consacrées aux menaces d'Al-Qaida contre les Etats-Unis, des mois avant les attaques suicides de New York et de Washington. Neuf rapports entiers sur le sujet entre septembre 2000 et août 2001. Dont une note de synthèse de cinq pages, intitulée"Projet de détournement d'avion par des islamistes radicaux" , et marquée d'une date… 5 janvier 2001 ! Huit mois avant le 11-Septembre, la DGSE y rapporte les discussions tactiques menées depuis le début de l'année 2000 entre Oussama Ben Laden et ses alliés talibans, au sujet d'une opération de détournement d'avions de ligne américains.
Pierre-Antoine Lorenzi, chef de cabinet du patron de la DGSE jusqu'en août 2001, aujourd'hui président d'une société spécialisée dans les stratégies de crise et d'influence (Serenus Conseil), parcourt devant nous ces 328 pages et tombe en arrêt, lui aussi, sur cette note. Il hésite, prend le temps de la lire et admet : "Je me souviens de celle-là." "Il faut se rappeler, précise M. Lorenzi, que jusqu'en 2001, le détournement d'avion n'a pas la même signification qu'après le 11-Septembre. A l'époque, cela implique de forcer un appareil à se poser sur un aéroport pour mener des négociations. On est habitué à gérer ça." Mise en perspective utile pour comprendre pourquoi cette alerte du 5 janvier n'a provoqué aucune réaction chez ses destinataires : les piliers du pouvoir exécutif.
Dès janvier 2001, la direction d'Al-Qaida se montre néanmoins transparente aux yeux – et aux oreilles – des espions français. Les rédacteurs détaillent même les désaccords entre terroristes sur les modalités pratiques du détournement envisagé. Jamais ils ne doutent de leur intention. Provisoirement, les djihadistes privilégient la capture d'un avion entre Francfort et les Etats-Unis. Ils établissent une liste de sept compagnies possibles. Deux seront finalement choisies par les pirates du 11-Septembre : American Airlines et United Airlines (voir fac-similé). Dans son introduction, l'auteur de la note annonce : "Selon les services ouzbeks de renseignement, le projet d'un détournement d'avion semble avoir été discuté en début d'année 2000 lors d'une réunion à Kaboul entre des représentants de l'organisation d'Oussama Ben Laden…"
Des espions ouzbeks renseignent donc les agents français. A l'époque, l'opposition des fondamentalistes musulmans au régime pro-américain de Tachkent s'est fédérée dans le Mouvement islamique d'Ouzbékistan, le MIO. Une faction militaire de ce parti, emmenée par un certain Taher Youdachev, a rejoint les camps d'Afghanistan et prêté allégeance à Oussama Ben Laden, lui promettant d'exporter son djihad en Asie centrale. Des livrets militaires et des correspondances du MIO, trouvés dans des camps afghans d'Al-Qaida, en attestent.
Alain Chouet a gardé en mémoire cet épisode. Il a dirigé jusqu'en octobre 2002 le Service de renseignement de sécurité, la subdivision de la DGSE chargée de suivre les mouvements terroristes. Selon lui, la crédibilité du canal ouzbek trouve son origine dans les alliances passées par le général Rachid Dostom, l'un des principaux chefs de guerre afghans, d'ethnie ouzbek lui aussi, et qui combat alors les talibans. Pour plaire à ses protecteurs des services de sécurité de l'Ouzbékistan voisin, Dostom a infiltré certains de ses hommes au sein du MIO, jusque dans les structures de commandement des camps d'Al-Qaida. C'est ainsi qu'il renseigne ses amis de Tachkent, en sachant que ses informations cheminent ensuite vers Washington, Londres ou Paris.
La formulation de la note française de janvier 2001 indique clairement que d'autres sources corroborent ces renseignements sur les plans d'Al-Qaida. Selon un dispositif bien huilé en Afghanistan, la DGSE ne se contente pas d'échanges avec des services secrets amis. Pour percer les secrets des camps, d'une part elle manipule et "retourne" des jeunes candidats au djihad originaires des banlieues des grandes villes d'Europe. D'autre part, elle envoie des hommes du service action auprès de l'Alliance du Nord du commandant Massoud. Sans compter les interceptions des téléphones satellitaires.
Un proche de Pierre Brochand, l'actuel patron de la DGSE, nous a assuré que le service disposait d'une "cellule Oussama Ben Laden" depuis au moins 1995. L'alerte du 5 janvier s'appuie donc sur un système éprouvé. Alain Chouet, après nous avoir demandé de préciser qu'il ne s'exprimait pas au nom des institutions françaises, reste laconique mais clair : "Il est rare qu'on transmette un papier sans recouper." D'autant que ledit papier suit et précède de multiples rapports de la DGSE étayant la crédibilité des incantations guerrières d'Oussama Ben Laden.
Dans sa note, la DGSE estime enfin que la volonté d'Al-Qaida de concrétiser son acte de piraterie contre un appareil américain ne laisse aucun doute : "Au mois d'octobre 2000, Oussama Ben Laden a assisté à une réunion en Afghanistan au cours de laquelle la décision de principe de mener cette opération a été maintenue." Nous sommes le 5 janvier 2001, les dés sont jetés, les Français le savent… Et ils ne sont pas les seuls.
Comme toutes les informations évoquant des risques contre des intérêts américains, la note a été transmise à la CIA par le service des relations extérieures de la DGSE, responsable des coopérations entre alliés (renommé depuis service des liaisons). Son premier destinataire est le chef de poste de la CIA à Paris, Bill Murray, un francophone au physique de John Wayne, rentré depuis aux États-Unis. Nous avons pu établir le contact, mais M. Murray n'a pas souhaité donner suite à nos demandes. Pierre-Antoine Lorenzi, dont les responsabilités à la DGSE couvraient alors les questions relatives à la coopération avec les agences étrangères, ne conçoit pas que ces renseignements-là ne lui aient pas été remis : "Ça, typiquement, c'est le genre d'information qui est transmise à la CIA. Ce serait même une faute de ne pas l'avoir fait."
De l'autre côté de l'Atlantique, deux anciens agents de la CIA spécialistes d'Al-Qaida, que nous avons sollicités, ne se souviennent pas d'alertes particulières envoyées par la DGSE. Ni Gary Berntsen, rattaché à la direction des opérations de l'agence de 1982 à 2005, ni Michael Scheuer, ancien responsable de l'unité Ben Laden au siège de la CIA, n'ont gardé en mémoire des informations spécifiques en provenance de la DGSE.
A Washington, la commission d'enquête du Congrès sur le 11-Septembre, dans son rapport final publié en juillet 2004, a mis l'accent sur l'incapacité du FBI, de la CIA ou des services d'immigration d'agréger des données éparses visant certains membres des commandos du 11-Septembre. A aucun moment la commission n'a évoqué la possibilité que la CIA aurait répercuté au pouvoir politique, dès janvier 2001, des renseignements émanant des services français sur le choix tactique d'Oussama Ben Laden d'organiser des détournements d'avions américains.
Au-delà, le plus confondant, à la lecture des 328 pages de la DGSE, tient peut-être dans la juxtaposition entre les notes qui alertent sur des menaces – comme celle de janvier 2001 – et celles qui décrivent très tôt, et avec minutie, le fonctionnement de l'organisation. Dès le 24 juillet 2000, avec la rédaction d'un rapport de treize pages intitulé"Les réseaux d'Oussama Ben Laden", l'essentiel se révèle consigné noir sur jaune pâle, la couleur des originaux de la DGSE. Le contexte, les détails anecdotiques et tous les aspects stratégiques relatifs à Al-Qaida y figurent déjà. Bien souvent, les documents ultérieurs se contentent de les préciser. Ainsi, l'hypothèse de la mort de Ben Laden – qui a connu un certain succès en septembre 2006 – prend, dans cette note du 24 juillet 2000, les intonations d'un refrain connu, mais néanmoins fondé : "L'ex-Saoudien, qui vit depuis plusieurs années dans des conditions précaires, se déplaçant sans cesse, de camp en camp, souffre également de problèmes rénaux et dorsaux. (…) Des rumeurs récurrentes font état de sa mort prochaine, mais il ne paraît pas avoir, jusqu'à présent, changé ses habitudes de vie."
Sur un cliché aérien du 28 août 2000, les agents de la DGSE localisent un homme-clé, très proche d'Oussama Ben Laden. Son nom : Abou Khabab. Cet artificier d'origine égyptienne, connu pour avoir enseigné la science des explosifs artisanaux à des générations de djihadistes, constitue une cible en théorie prioritaire. Dans deux notices biographiques sur ce personnage, du 25 octobre 2000 et du 9 janvier 2001, la DGSE énumère les renseignements échangés avec le Mossad israélien, la CIA et les services de sécurité égyptiens à son sujet. On n'ignore rien de son parcours et de ses déplacements.
C'est également le cas d'Omar Chabani, l'émir chargé d'encadrer tous les militants algériens venus en Afghanistan, selon la DGSE. Grâce à lui, au cours de l'année 2001, Al-Qaida a mis des infrastructures à la disposition du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), le mouvement terroriste algérien dont le chef historique Hassan Hattab, ex-allié de Ben Laden, a souscrit en 2006 à la politique de réconciliation nationale du président algérien Abdelaziz Bouteflika – ce qui avait provoqué l'ire des jeunes générations du GSPC. Celles-ci ont repris depuis le mois d'octobre la lutte armée délaissée par leurs aînés, en se réclamant d'un nouveau GSPC – renommé Al-Qaida pour le Maghreb islamique – qui semble être responsable des attentats du 11 avril à Alger.
En marge des aspects opérationnels sur le fonctionnement d'Al-Qaida, ces documents de la DGSE proposent un autre regard sur les relais politiques de son chef. Un exemple : dans une note du 15 février 2001 consacrée en partie aux risques d'attentats contre la base militaire française de Djibouti, les auteurs relèvent la présence dans le pays du représentant d'Oussama Ben Laden pour la Corne de l'Afrique, Nidal Abdel Hay al Mahainy. L'homme, arrivé sur place le 26 mai 2000 est-il précisé, a, ni plus ni moins, "rencontré le président de la République djiboutienne".
Mais c'est surtout l'Arabie saoudite qui apparaît comme une préoccupation constante à propos des sympathies extérieures à l'Afghanistan dont profite Oussama Ben Laden. Les rapports de la DGSE explorent ses relations avec des hommes d'affaires et diverses organisations de ce pays. Certaines personnalités saoudiennes ont proclamé leur hostilité à Al-Qaida, mais, manifestement, elles n'ont pas convaincu tout le monde. Pierre-Antoine Lorenzi se souvient bien de l'état d'esprit des responsables du renseignement français : "La DGSE a eu beaucoup de mal à considérer définitivement qu'il n'avait plus de relation avec la monarchie saoudienne, parce qu'il était en rupture de ban. C'était difficile à admettre."
La note du 24 juillet 2000 mentionne un virement de 4,5 millions de dollars au profit du chef d'Al-Qaida par l'International Islamic Relief Organisation (IIRO), une structure directement placée sous la tutelle de la Muslim World League, elle-même considérée comme l'instrument politique des oulémas saoudiens. Il faudra attendre pourtant le 3 août 2006 pour que des bureaux de l'IIRO figurent sur la liste officielle des organisations de financement du terrorisme du département américain du Trésor. Au cours de ce mois de juillet 2000, deux ans après les attentats de Nairobi et Dar-es-Salam, les auteurs de ce mémo doutent de la sincérité des positions affichées par la famille Ben Laden elle-même : "Il semble de plus en plus probable qu'Oussama Ben Laden ait gardé des contacts avec certains membres de sa famille, bien que celle-ci, qui dirige l'un des plus importants groupes de travaux publics dans le monde, l'ait officiellement renié. L'un de ses frères jouerait un rôle d'intermédiaire dans ses contacts professionnels ou le suivi de ses affaires." Selon M. Lorenzi, c'est la récurrence de ces doutes, et plus spécifiquement l'ambivalence de l'IIRO, qui conduiront la DGSE à se mobiliser avec le Quai d'Orsay, en 1999, quand la diplomatie française proposera aux Nations unies une convention internationale contre le financement du terrorisme.
Une autre note des services secrets français, datée du 13 septembre 2001, et intitulée "Eléments sur les ressources financières d'Oussama Ben Laden", réitère ces soupçons à l'encontre du Saudi Ben Laden Group, l'empire familial. Elle présente aussi un puissant banquier, autrefois proche de la famille royale, comme l'architecte historique d'un dispositif bancaire qui "semble avoir été utilisé pour transférer au terroriste des fonds provenant des pays du Golfe". Une annexe de cette note du 13 septembre 2001 répertorie les actifs a priori sous le contrôle direct d'Oussama Ben Laden. Surprise, au milieu de structures connues que le"Cheikh" a dirigées au Soudan, au Yémen, en Malaisie et en Bosnie figure encore, en 2001, un hôtel situé à La Mecque, en Arabie saoudite.
Alain Chouet exprime un réel scepticisme sur la volonté des autorités de Riyad d'appréhender Oussama Ben Laden avant le 11-Septembre : "Sa déchéance de la nationalité saoudienne est une pantalonnade (…) A ma connaissance, personne n'a mis quoi que ce soit en œuvre pour le capturer entre 1998 et 2001." En témoigne cette note du 2 octobre 2001 – "Le départ du prince Turki al-Fayçal, chef des services de renseignement saoudiens : une éviction politique" – qui révèle les dessous de ce spectaculaire limogeage juste avant le 11-Septembre. Les auteurs soulignent "les limites de l'influence saoudienne en Afghanistan (…) Lors de récents voyages à Kandahar du prince Turki, il n'avait pas réussi à convaincre ses interlocuteurs d'extrader Oussama Ben Laden."
Et six ans plus tard ? Dans un ample rapport de la DGSE que nous avons pu consulter, intitulé "Arabie saoudite, un royaume en péril ?" et daté du 6 juin 2005, les agents français dressent un bilan plus positif des initiatives du régime saoudien contre Al-Qaida. Certains paragraphes trahissent toutefois des craintes persistantes. Les services secrets français redoutent toujours les penchants pour la guerre sainte de quelques docteurs de la foi saoudiens.
Guillaume Dasquié
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Borrel :
Une affaire d'Etat
La présence militaire française à Djibouti est stratégiquement cruciale. La raison d'Etat peut-elle pour autant s'accommoder du meurtre d'un juge à l'étranger ? Révélations sur de multiples pressions politiques.
Djibouti, 19 octobre 1995, 7 h 20. Au bas d'un dénivelé rocheux, des gendarmes français découvrent le corps sans vie partiellement calciné d'un magistrat, français lui aussi, Bernard Borrel. Sa jeep est restée au sommet du ravin. Accéder à ce lieu désolé suppose de croiser deux barrages militaires - un français, un djiboutien. En principe, les registres détaillés des passages sont bien tenus. Pourtant, selon l'instruction de la juge parisienne Sophie Clément, les registres de cette journée fatidique sont introuvables.
Le même jour, 9 h 41 : un télégramme de l'ambassade de France à Djibouti informe Paris : « Selon son entourage, M. Borrel avait été profondément affecté par l'annonce du suicide d'un de ses amis intervenu en France il y a trois semaines. » A cet instant, le cadavre gît encore sur les rochers, aucun médecin ne l'a examiné. Une heure après, le docteur Hubert Trillat, dépêché sur place, rédige un certificat de décès : « Mort accidentelle dont les causes demandent à être déterminées », écrit-il. Pas question, encore, de suicide.
18 h 17 : un autre télégramme de l'ambassadeur Jean-Marie Momal au ministère de la coopération explique : « Les constations effectuées ce jour (...) permettent de considérer comme très probable que M. Borrel a mis fin à ses jours. » Ce message est fondé sur les observations d'André Minana, policier français de l'ambassade. La thèse du suicide par le feu s'écrit là. Elle s'imposera dix ans.
Ce 19 octobre 1995, le corps de Bernard Borrel arrive enfin à la morgue de l'hôpital des armées françaises de Djibouti, le Centre Bouffard. Douze ans plus tard, le 23 mars 2007, Alexandre Barrier, alors employé à la morgue en tant qu'appelé du contingent, se souvient qu'une capitaine française qui travaillait avec lui a attiré son attention « sur un hématome rond, quasi parfait, sur la tête de M. Borrel. E lle m'a dit : «Prends ta bouteille de Pepsi et met-là sur le rond, elle tiendra toute seule.» C'était comme s'il avait reçu un coup de maillet dans le front. » Ce détail, a priori très visible, n'avait pas été relevé par le policier Minana. Fait troublant, Alexandre Barrier se souvient aussi que, ce 19 octobre 1995, ses supérieurs lui avaient « demandé de signer un papier indiquant qu'[il] ne divulguera aucune information sur ce qu'[il] avait vu ». Dix ans durant, la blessure au crâne restera ignorée des comptes-rendus d'autopsie.
Le 3 février 2004, la juge Sophie Clément interroge le professeur de médecine légale Patrice Mangin sur ce mystère, ainsi que sur une « lésion de défense » à l'avant-bras de la victime laquelle n'avait pas non plus été observée lors des précédentes expertises. « Si on ne va pas regarder quelque chose, on ne voit pas », glisse le médecin, qui ajoute : le traumatisme à la tête « ne pourrait pas » provenir d'une chute du corps sur les rochers. Selon lui, il résulte d'« un coup porté avec un instrument contondant ». A la juge qui demande si, conformément au scénario du suicide, Bernard Borrel a pu « s'asperger d'essence debout ou à genoux et qu'il ait ensuite couru vers l'endroit où il a été retrouvé », l'expert répond : « Non (...) ce n'est pas possible. » Le professeur croit utile de signaler cependant que « les constations immédiates après le décès [à Djibouti] n'ont pas été faites de manière appropriée ».
Yves Bot, qui était alors procureur de la République à Paris, rappelle qu'après cette audition il n'a « jamais caché dans [son] analyse du dossier qu'[il] considérai[t] que Borrel avait été assassiné ». A cet instant, ce n'est plus une simple thèse défendue par sa veuve, Elisabeth Borrel : le meurtre de son mari devient la piste privilégiée par le parquet. Position adoptée par tous les successeurs de M. Bot, y compris l'actuel procureur, Jean-Claude Marin. Interrogé par Le Monde, celui-ci admet : « La thèse du suicide a été portée pendant un certain temps et puis les choses ont évolué. Plusieurs éléments, notamment des constations médico-légales et pyrotechniques, ont fait que la thèse du suicide apparaissait fortement improbable. Aujourd'hui, notre position est plutôt de considérer que c'est un acte criminel. Pour l'instant, il nous manque encore une pièce sans doute déterminante du puzzle : pourquoi ? Ou pour qui ? Nous ignorons encore l'architecture de ce schéma criminel. »
Reste donc à découvrir les mobiles et à identifier le donneur d'ordre. Sur ce point, les services de renseignement français pourraient fournir des informations cruciales. Le 17 septembre 2004, dans un courrier adressé à la ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, la juge d'instruction l'avertit que des soupçons pèsent sur l'entourage du président de Djibouti, Ismaël Omar Guelleh. Faute d'avoir reçu la totalité des notes de la DGSE afférantes à l'affaire Borrel, la magistrate convoque Régis Ollivier, chef d'antenne du « service » à Djibouti en 1995. Mais, à la plupart des questions, l'intéressé oppose le secret-défense. « Il s'agit d'une affaire politique [dont] la réponse ne peut être que politique. D'Etat à Etat. »
Le 23 juin 2004, Henri Fontana, autre fonctionnaire de la DGSE, qui enquête sur des réseaux de corruption internationaux, consent à éclairer davantage l'instruction. Il cite une source de son service qui lui « a donné des détails sur la légende construite autour de la mort de Bernard Borrel pour dissimuler l'assassinat et également pour que sa mort serve d'exemple ». L'agent de renseignement estime que le juge Borrel « aurait été assassiné en raison d'informations compromettantes recueillies dans le cadre de ses activités professionnelles à Djibouti ».
Un autre agent partage cette analyse : Daniel Tonnot. Au moment du drame, à Djibouti, il est le numéro deux de l'unité locale de la direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD). Selon lui : « Les commanditaires du «suicide» étaient certainement des gens haut placés au gouvernement de Djibouti (...). Ismaël Omar Guelleh était mêlé dans toutes les grandes affaires, celle de [l'attentat] du Café de Paris, trafic d'armes, d'argent (...) Certainement que M. Borrel en savait trop sur ces affaires. »
A Paris comme à Djibouti, les décideurs commencent à s'inquiéter. Le 17 juin 2004, le procureur djiboutien Ali Djama Souleiman demande à la justice française qu'on lui communique la totalité des pièces d'instruction. A Versailles, le nom du procureur est familier des magistrats chargés de l'affaire Borrel. Une plainte, en cours d'examen, le vise personnellement pour « pressions » effectuées sur deux militaires djiboutiens, expatriés en Belgique, qui mettent directement en cause l'entourage immédiat du président Guelleh dans l'élimination du juge Borrel.
Obtempérer à la demande djiboutienne reviendrait donc à communiquer le dossier à des personnes mises en cause. La juge renâcle. Mais, comme le révèlent les 900 pages de documents saisis le 23 avril au ministère de la justice et aux affaires étrangères, - dont Le Monde a pu prendre connaissance -, les intérêts diplomatiques peuvent parfois primer sur l'intérêt d'un dossier judiciaire.
Le 30 juillet 2004, Laurent Le Mesle, alors directeur de cabinet du garde des sceaux, signe une note sans ambiguïté pour ses services : « Je vous remercie de veiller à ce qu'il soit apporté une réponse favorable à la demande formulée par les autorités djiboutiennes. » Ex-conseiller juridique de Jacques Chirac à l'Elysée, Laurent Le Mesle est aujourd'hui procureur général près la cour d'appel de Paris. Il n'a pas souhaité répondre à nos questions.
Conseil de Djibouti, l'avocat parisien Francis Szpiner maintient que la requête de son client repose sur des bases juridiques valables. Mais la juge Clément, pointant un vice de procédure, s'oppose à la transmission de tous ses éléments d'enquête. Les responsables politiques djiboutiens insistent.
Dans un courrier du 28 septembre 2004 à Pierre Vimont, son homologue aux affaires étrangères, Laurent Le Mesle annonce qu'une nouvelle démarche va être conseillée à Djibouti : « La demande (...) sera alors satisfaite, en tenant compte du délai qu'imposera la copie des 35 tomes de la procédure judiciaire. »
La juge Sophie Clément douchera une seconde fois ce bel optimisme en rendant, le 5 février 2005, un acte de « soit transmis » négatif. La requête djiboutienne, écrit-elle, « apparaît comme un détournement de procédure effectué dans l'unique but de prendre connaissance d'un dossier contenant notamment des pièces mettant en cause le procureur de la République de Djibouti ». A l'époque, le cabinet du garde des sceaux se range à cette décision. Au sommet de l'Etat, on se désole.
Une note de travail de la direction Afrique-océan Indien du Quai d'Orsay, rédigée pour préparer la rencontre du 17 mai 2005 entre le président Jacques Chirac et Ismaël Omar Guelleh, considère : « Malheureusement, les services de la chancellerie ont mal évalué les conséquences d'une telle transmission [du dossier à Djibouti] : M. Perben, le ministre de la justice, pourrait être poursuivi par Mme Borrel pour forfaiture. »
C'est alors que germe, à Paris - un comble ! -, l'idée d'obliger la juge française à obéir en suggérant à Djibouti d'attaquer la France devant la Cour internationale de justice (CIJ). Dans un télégramme diplomatique daté du 25 juin 2005, l'ambassadeur à Djibouti, Philippe Selz, relate un entretien avec le ministre djiboutien des affaires étrangères : « Il m'a dit qu'il «réfléchissait à notre idée de recours à la CIJ». » Djibouti a déposé plainte à La Haye le 9 janvier 2006. Le 30 mai 2007, après l'élection de Nicolas Sarkozy, Ismaël Omar Guelleh était de passage à Paris. On ignore qui il a rencontré.
Guillaume Dasquié
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> En 2002, Guillaume Dasquié avait été poursuivi en justice par Thierry Messan, après la publication de son livre "L'effroyable mensonge", sous-titré "Thèses et foutaises sur le 11 septembre 2001". Dans ce livre écrit avec Jean Guisnel, il démonte la théorie selon laquelle aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone du réseau Voltaire et met en évidence les liens de Thierry Meyssan et un commissaire des RG. Dasquié gagne tous les procès contre Meyssan et le réseau Voltaire. Ci-dessous, les deux premières pages de "L'effroyable imposture". Cliquez ici pour lire les 40 premières pages (format PDF).
VIDEO (3'32) Le 10/06/07, le juge d'instruction tente de perquisitionner dans les locaux du Canard Enchaîné pour trouver les sources dans l'affaire Clearstream. Les policiers sont rentrés bredouilles après que les journalistes ont refusé de leur laisser les clés. Voir détails sur cette perquisition avortée sur liberation.fr du 11/06/07.
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Publié le 10/12/07 à 13:44 |
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Si j'ai bien tout compris, il y a une erreur en fin de post : Les 40 premières pages du bouquin de Dasquié que vous mettez à la disposition de nos chers lecteurs ne sont pas extrait du livre "l'effroyable imposture" (le bouquin de Meyssan) mais de "l'effroyable mensonge" (le bouquin de Dasquié).
On ne croit que ce qu'on a envie de croire. Le public était prêt à gober l'hitoire du 11 septembre à l'avance. Il avait déjà été préparé pendant des années de manipulation et de propagande médiatique... Le système politique et économique américain a besoins d'ennemis en permanence, aujourd'hui c'est les musulmans
Si deux bergers saoudiens sans diplome de pilote sont capables de piloter comme ça des avions et les mettre en plein dans le mille des deux tours du WTC, moi je suis capable de piloter un avion furtif! Et puis on trouve leurs passeports alors que tout a crâmé. Puis les deux tours qui s'écrasent en même temps (sous la chaleur semble-t-il) alors qu'elles ont été touchée à des moments différents. Le métal des tours qui fond à l'air libre, en dehors d'un four, c'est une blague! La deuxième tour qui a été touchée longtemps après est tombée en même temps que la première! LA RAISON: des bombes américaines les ont fait tomber, pour déclarer la guerre dans un pays qui n'a rien à voir avec le terrorisme mais qui a du pétrole: l'Irak!!!
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