D'accord, c'est une énième vidéo "inédite" sur la libération d'Ingrid Betancourt... Mais cette fois (juré), c'est la dernière. La chaîne de télévision colombienne RCN a diffusé un document d'une heure, filmé par l'armée, montrant la libération des otages. Des images très spectaculaires qui vont surtout relancer la polémique. Passez sous la flèche pour savoir pourquoi.
VIDEO 1 (3'45) Le 15 juillet, CNN a rediffusé la vidéo officielle de l'opération. Un arrêt sur image a permis de constater qu'un des militaires portait un dossard de la Croix-Rouge.
Le film le plus spectaculaire de Colombie est sous la flèche.
â–ºRappel des faits : pour faire taire les allégations concernant la libération des 15 otages, les autorités colombiennes ont publié une vidéo officielle le 2 juillet. Quelques jours plus tard, CNN (du 15/07/08, en anglais) dévoilait une image dans laquelle on peut distinguer une partie de l'emblème du Comité international de la Croix-Rouge sur un officier colombien (photo ci-contre). Au début, le général Mario Montoya (chef de l'armée) nie farouchement que l'utilisation d'un sigle de l'organisation humanitaire par les militaires. Les deux guérilleros capturés avaient pourtant déclaré au juge qu'ils avaient été trompés par des militaires déguisés en humanitaires. Alvaro Uribe finit par reconnaître les faits et s'excuser. Il s'agissait, selon lui, d'un officier trop "nerveux" qui a pris peur et a enfilé un gilet avec l'emblème de la Croix-Rouge, "à la dernière minute" (eltiempo.com du 17/07/08, en espagnol). Le président avait ensuite expliqué que le militaire n'avait pas suivi les ordres et avait agi à titre individuel. L'organisation a pris acte de ces excuses et a choisi de ne pas porter plainte contre le gouvernement colombien. Mais la thèse officielle n'a pas tenu bien longtemps puisqu'elle est remise en cause par les nouvelles images publiées, notamment la photo où l'on voit le commando (dont les visages sont floutés) poser lors des préparatifs. On distingue en effet nettement l'emblême de la Croix-Rouge porté par un membre qui semble décontracté. Cela semble prouver que le port du sigle était prémédité et que le déguisement faisait partie intégrante du plan pour duper les Farc.
> Jouons un peu avec les soldats colombiens... Une croix rouge se cache dans ces deux captures d'écran du documentaire de RCN. Saurez-vous la retrouver ?
La libération des otages, comme si vous y étiez...
VIDEO 2 (10'00) Le document débute par une sorte de résumé rapide de l'opération, avec des scènes de joie et de retrouvailles, l'arrestation d'un membre des Farc, le dispositif de sauvetage... On y voit aussi plusieurs photos (dont celle du soldat avec le sigle).
VIDEO 3 (10'16) Les images suivantes ont été tournées de l'intérieur de l'hélicoptère. Ingrid Betancourt pleure de joie avec un autre otage. Les militaires repeignent les appareils pour les faire passer pour des convois humanitaires. Les militaires simulent leur opération.
VIDEO 4 (7'19) La préparation ne se passe pas tout à fait comme prévu. Une mangue tombe sur un soldat qui se blesse ! Les militaires testent leur arme paralysante par choc électrique sur une poule. Ils se font ensuite immobilisés par leur propre gaz... La partie "comique" se termine par la préparation de l'intérieur de l'hélicoptère avant l'arrivée des otages. Un magazine et un survêtement les attendent.
VIDEO 5 (10'49) Nous voici (enfin) au cœur de l'intervention. Un militaire se déguise en journaliste de la télévision vénézuélienne Telesur pour faire semblant de poser des questions aux otages et aux membres des Farc. Il porte le tee-shirt avec le Che Guevara qui fera craindre à Ingrid Betancourt qu'il faisait partie des Farc. Un autre se fait passer pour un membre de la Croix-Rouge. La voix off explique qu'il n'y a pas d'image de l'arrestation car "tout s'est passé très vite". Puis, les otages sautent de joie dans l'avion, jusqu'à ce qu'Ingrid Betancourt leur demande de se calmer pour ne pas que l'avion s'écrase.
VIDEO 6 (10'40) Le happy-end. L'hélicoptère des (anciens) otages atterrit sur la piste de l'aéroport à la sortie de la jungle. Les militaires acclament les otages. Ingrid Betancourt téléphone à sa mère en vantant le travail "extraordinaire" des militaires. L'hélicoptère transportant les membres des Farc suit de près. Ceux-ci en sortent les pieds et mains liés, en caleçon, les yeux bandés. Les militaires leur dit que leurs droits seront respectés : "On sera sympa avec vous, d’accord? Mais il faut que vous vous conduisiez bien". Les dernières scènes sont un hommage à ceux qui ont participés à l'opération. Un vrai film Hollywoodien.
â–ºL'affaire est plus grave qu'elle n'en a l'air. Si les forces colombiennes ont utilisé les tenues de l'organisation humanitaire de façon volontaire, elles ont violé les conventions de Genève. Selon les termes, il y a "perfidie" lorsqu'une armée use du drapeau blanc ou du sigle de la Croix-Rouge pour tuer ou capturer des combattants ennemis ("Il est interdit d'utiliser les drapeaux ou pavillons, symboles, insignes ou uniformes militaires des Parties adverses pendant des attaques ou pour dissimuler, favoriser, protéger ou entraver des opérations militaires", article 39 du protocole additionnel). Cela peut constituer un crime de guerre. La Croix Rouge avait déclaré que "l'emblème du CICR doit être respecté en toutes circonstances et ne peut être utilisé de manière abusive" lorsque Alvaro Uribe avait présenté ses excuses. Il en va de la crédibilité de l'organisation, qui peut surtout craindre pour la vie de ses membres dans les zones de conflit. Le CICR vient de placer sur la première page de son site un dossier pour montrer l'importance de son emblême qui agit depuis 140 ans comme un protecteur universel. Depuis 1864, il est interdit "d'ouvrir le feu sur ces services et, par extension, sur les soldats hors de combat étant traités par ceux-ci", rappelle la Croix-Rouge. L'organisation n'a pas encore précisé quelles suites elle allait donner à cette affaire. > Image de la Croix-Rouge tirée de sommeleuze.com.
VIDEO 7 (2'47) Le 17 juillet, Alvaro Uribe reconnaît qu'un militaire a utilisé l'emblême de la Croix Rouge. Mais, il prétend qu'il s'agit d'une initiative individuelle et non préméditée. Les images tournées pour vanter les mérites de l'armée colombienne risquent de se retourner contre lui.
â–ºAUTEUR : LAURENT MACABIES
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