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L'affaire Al-Dura : le dossier
La mort de Mohammed Al-Duraâ–ºGUERRE DES IMAGES +18 VIDÉOS


Ces quelques secondes hantent toujours certains esprits. Le 30 septembre 2000, Jamal Al-Dura et son fils Mohammed se retrouvent au cœur d'une fusillade entre Palestiniens et Israéliens au carrefour de Netzarim (à Gaza). Le père est grièvement blessé. L'enfant meurt pendant l'affrontement. Le cameraman Talal Abou Rahma parvient à filmer la scène et ramène ses rushes à Charles Enderlin. L'éminent reporter de France 2 monte et commente le reportage qui sera diffusé sur toutes les télés du monde. Pour lui, pas de doute : les tirs sont venues de la position israélienne. Les images ont un impact profond sur la perception populaire du conflit du Proche-Orient, le jeune Mohammed devenant un symbole de la violence des soldats israéliens. Aujourd'hui, l'affaire rebondit. Près de 8 ans après le drame, la question revient : "qui a tué Mohammed Al-Dura ?" Triste monde dans lequelle on se dispute la mort d'un enfant dans un conflit qui a causé le décès de plus de 1 000 mineurs depuis 2008 (d'après le Centre d'information israélien pour les droits de l'homme B'Tselem). Procès, pétitions, demande d'une commission d'enquête... Chacun tente de montrer qu'il a raison (sans pouvoir le certifier). D'un côté, des journalistes qui ne veulent même pas entendre parler d'une possible erreur de la part d'un des meilleurs de la profession. De l'autre, des paranoïaques qui crient au complot et voient à tout bout de champ des manipulations et mises en scènes. Entre ces "tirs croisés, la justice française parle de "propos diffamatoires" (à l'égard d'Enderlin) mais  reconnaît "la bonne foi" des accusateurs. L'enjeu est au delà et que cet enfant en est l'image et l'otage. Ca, c'est le seul point d'accord entre les parties...

â–ºDOSSIER : LAURENT MACABIES / DSS


VIDEO 1 (1'56) Le reportage original monté et commenté par Charles Enderlin et diffusé au journal télévisé de France 2, le 30 septembre 2000. "Les Palestiniens ont tiré à balles réelles. Les Israéliens ripostent. Ambulanciers, journalistes et simples passants sont pris entre deux feux. Ici, Jamal et son fils Mohammed sont la cible de tirs venus de la position israélienne". C'est cette dernière affirmation du journalisme qui est critiquée plus de 7 ans après le drame.
La mort de Mohammed al Dura - Ma-Tvideo France2


Pour vraiment tout (sa)voir sur "l'affaire Enderlin", suivez la flèche.




Résumé des faits
Jamal et Mohammed Al-Duraâ–ºLe 30 septembre 2000, un affrontement a lieu au carrefour de Netzarim (à Gaza) entre Palestiniens et Israéliens.
> Charles Enderlin, grand reporter (très respecté mondialement) de France 2 à Jérusalem, se procure un document filmé par son cameraman Talal Abou-Rahma. La vidéo montre la mort d'un enfant palestinien dans les bras de son père (Jamal Al-Dura et son fils Mohammed). Les deux personnes se trouvaient au milieu des échanges de tirs entre Palestiniens et Israéliens.
Timbre tunisien à l'effigie de Jamal et Mohammed Al-Dura> Talal Abou-Rahma a filmé les affrontements (qui ont duré environ 45 minutes) pendant une vingtaine de minutes. Charles Enderlin visionne les rushes, les monte et les commente pour en faire un court reportage qu'il envoie au J.T. de la chaîne.
 > En se basant sur les images qu'il visionne et sur les affirmations de son cameraman (qui travaille avec lui depuis très longtemps), le commentaire de Charles Enderlin attribue la blessure de Jamal Al-Dura et la mort de son fils aux soldats israéliens (de Tsahal). Voir VIDEO 1.
> Les équipes de France 2 envoient ce reportage à toutes les télés du monde. La mort de l'enfant tourne en boucle et devient le symbole de la violence au Proche-orient.

â–ºDans un premier temps, personne ne conteste la version du reportage. Même l'armée israélienne, qui a lancée une enquête interne, avoue être "apparemment" responsable de la mort de Mohammed (cnn.com du 3 octobre 2000, en anglais). Les autorités d'Israël se défendent en affirmant que le meurtre n'était pas intentionnel et que l'armée se défendait face à une attaque violente. "Il pourrait très bien s'agir -mais ceci est une estimation- d'un soldat de notre camp qui avait un étroit champ de vision, a vu quelqu'un se cacher derrière un bloc de ciment dans la direction d'où venaient les coups de feu, et a tiré une balle dans cette direction", déclare alors le chef du commandement de l'armée israélienne Yom Tom Samya. L'armée israélienne rase quelques jours après les structures du carrefour, soi-disant pour "des raisons sécuritaires". Les resconstitutions deviennent dès lors impossibles.

VIDEO 2 (1'53) Ce reportage est de Charles Enderlin. Le 2 octobre 2000, soit deux jours après le drame, l'armée israélienne annonce une enquête pour "vérifier" ce qui s'est passé mais explique qu'il "n'est pas impossible" que ce soit un soldat israélien qui ait tiré sur l'enfant. Talal Abou-Rhama réaffirme être sûr que les tirs venaient du côté israélien.
Intifada. Le troisieme jour - Ma-Tvideo France2
Intifada. Le troisieme jour - Ma-Tvideo France2


Les Palestiniens nerveux après la mort de Mohammedâ–ºLe contexte de la diffusion du reportage est un élément très important. La seconde Intifada (mot arabe qui signifie "soulèvement") a commencé le 29 septembre 2000, alors que le processus de paix israélo-palestinien était dans l'impasse. La violence est clairement montée d'un cran après la mort du petit Mohammed Al-Dura qui en est devenu le symbole le plus marquant. En novembre 2006, on comptait 1 045 morts côté Israélien et 4 458 morts du côté Palestinien.
> Pour en savoir plus : Wikipedia, la chronologie de la deuxième Intifada sur le site du Monde Ddplomatique (avec sa suite ici) et la couverture médiatique de la presse française durant cette période sur le site  du ministère des Affaires étrangères (format PDF).
> Photo ci-dessus : impression d'écran d'un reportage allemand qui traite de la réaction des Palestiniens après la mort de Mohammed.

â–ºPeu à peu, certains se mettent à douter de plusieurs points et parlent de manipulation et de mise en scène. Les critiques ne viennent pas d'Israël (même si l'armée commence à dire que les tirs auraient pu tout aussi bien venir des Palestiniens) mais plutôt de France. Le 2 octobre 2002, le mouvement sioniste d'extrême droite "Ligue de défense juive" (qui regroupe d'anciens militants du "Betar") et d'autres organisations extrémistes ont attribué à Charles Enderlin le "Prix Goebbels de la désinformation" pour son reportage. Une manifestations regroupant un peu plus de 100 personnes a eu lieu devant les locaux de France 2 pour réclamer sa démission.

â–ºVoici un résumé des principales accusations sur le reportage que l'on trouve sur le web :

> Charles Enderlin n'était pas sur les lieux. Le journaliste n'a jamais nié cette affirmation, mais il affirme avoir une totale confiance en son cameraman avec qui il travaille depuis de longues années. Il a surtout fait toutes les vérifications sur Jamal Al-Dura dans les jours qui suivent et a interrogé les autres journalistes présents (de Reuters et AP) ce jour là, qui avaient vu les mêmes évènements.

> Certains prétendent que l'enfant n'est pas mort,
qu'il a simulé son décès... et même qu'on l'aurait aperçu en train de vendre des tomates dans un marché ! Non seulement cette accusation est extrêmement choquante, mais elle repose sur des fondements très douteux (voir plus bas). Elle se base principalement sur le fait que l'agonie n'est pas montrée. La rumeur enflera lorsque l'on s'apercevra que les rushes de Talal Abou-Rahma se terminent peu après le reportage alors que Charles Ederlin avait affirmé auparavant qu'il avait "coupé l'agonie de l'enfant car c'était trop insupportable". Les enquêtes réalisées sur place prouve néanmoins que l'enfant est bien mort et que son père garde toujours des séquelles de sa blessure. C'est certainement cette accusation qui décrédibilise le plus certains "révisionnistes".

> Les tirs ne pouvaient pas venir des Israéliens mais des Palestiniens. C'est le doute le plus crédible (peut-être le seul) dans cette affaire.

â–ºMise sous pression par de plus en plus d'accusations (dont certaines paraissent sans fondement), France 2 accepte en octobre 2004 de montrer les rushes à plusieurs journalistes. Certains d'entres eux affirment que quelques zones d'ombres subsistent après avoir visionné la vidéo complète (voir plus bas).

â–ºDevant la répétition des contestations, France 2 décide de porter plainte contre X en novembre 2004. Arlette Chabot, directrice de l'information, montre à des personnes invitées un reportage pris sous un autre angle au même moment et une autre vidéo tournée juste après la fusillade montrant le père de Mohammed à l'hôpital gravement blessé ainsi que des photos de l'enfant prises à la morgue (nouvelobs.com).

Karsenty fait des "tchek" pour montrer sa joie après la décision du Tribunal►L'affaire a donc rebondi sur le terrain judiciaire.
> Octobre 2006 : Philippe Karsenty, directeur du site Medias-Ratings (voir plus bas) est condamné à 1 000 euros d'amende pour "diffamation publique" (lexpress.fr). Celui-ci qualifiait le reportage de "séries de scènes jouées". Le tribunal a estimé que la contre-enquête reposait "essentiellement sur des extrapolations et des amalgames" et a rappelé "qu'aucune autorité israélienne, ni l'armée, pourtant concernée au premier chef, ni la justice, n'ont jamais accordé le moindre crédit" à cette contre-enquête.
Karsenty fait des "tchek" pour montrer sa joie après la décision du Tribunal > 21 mai 2008 : la Cour d'appel de Paris, qui avait demandé à France 2 de lui fournir les rushes de la fusillade, relaxe Philippe Karsenty. Elle reconnaît que les propos tenus par Philippe Karsenty portent “incontestablement atteinte à l’honneur et à la réputation des professionnels de l’information” mais reconnaît sa “bonne foi (liberation.fr). Les juges font ainsi apparaître un doute sur l'authenticité des images en estimant que Philippe Karsenty était "resté dans les limites du droit à la critique". Bien qu'il n'ait "pas apporté la preuve du trucage supposé", le visionnage par la cour des 18 minutes de "rushes" du reportage, à la demande de Philippe Karsenty, "ne permettent pas d'écarter les avis des professionnels".

> Voici ce que dit la loi sur la diffamation (lexinter.net) : "Toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation". "Toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l'imputation d'aucun fait est une injure".

> La décision a été commentée par Charles Enderlin et Philippe Karsenty bien différemment sur leurs sites respectifs. Le reporter ne partage pas la décision et annonce un pourvoi en cassation, mais il précise bien que la Cour d'appel a constaté que les propos de Philippe Karsenty étaient diffamatoires. Sur Medias-Rating, qui propose aux internautes de consulter l'arrêt complet ici, Philippe Karsenty parle de "victoire" et d'un "arrêt très favorable".

â–º"Si Mohammed al-Dura est vivant, nous présenterons des excuses au monde entier", a promis Arlette Chabot après le procès...

â–ºDans le même temps, Charles Enderlin a gagné une autre bataille juridique. En mai dernier, le cabinet d’avocats Shurat HaDin avait déposé une demande de retrait de son accréditation en prétextant que les images étaient fabriquées (rsf.org du 01/07/08). La Haute cour de justice a rejeté cette demande en considérant qu’il n’était pas de son ressort de statuer sur la nature du reportage sur la mort de Mohammed Al-Dura. Charles Enderlin a déclaré : "Il sera désormais très difficile de retirer l’accréditation d’un journaliste qui déplait".


Qui est Charles Enderlin ?
Charles Enderlinâ–ºDe l'avis de tous (y compris de ses opposants dans cette affaire), le journaliste bénéficie d'une réputation d'honnêteté et de crédibilité irréprochables.
Vous connaissez sans doute sa voix (grave et lente) qui est une des plus célèbres du J.T. de France 2. Ce journaliste, qui est considéré comme l'un des meilleurs spécialistes du conflit israélo-palestinien, couvre l'actualité au Proche-orient pour le service public depuis 25 ans. Ses grands-parents, juifs autrichiens, ont fui l'Anschluss en 1938. Né à Paris et élevé en Lorraine, il décide de partir en Israël en 1968 et de vivre dans un kibboutz (communauté basée sur le collectivisme). Il a été très influencée par les théories de Theodor Herzl (voir wikibio), fondateur du mouvement sioniste et du "Fonds national juif" pour l'achat de terres en Palestine. Charles Enderlin prend la nationalité israélienne au début des années 70. En 1971, il devient journaliste pour une radio israélienne puis correspondant pour RMC. En 1981, il travaille pour Antenne 2 et devient chef de bureau pour la chaîne en Israël 10 ans après. Son importance est telle qu'il a même prêté son bureau de Jérusalem pour faciliter des rencontres secrètes entre négociateurs de paix (le Palestinien Saeb Erekat et les Israéliens Yossi Beilin ou Gilead Sher) au début des années 2000. Ses reportages sur le Proche-Orient font référence depuis des années et sont repris un peu partout dans le monde.
> Sources : Portrait de
20minutes.fr (11/10/06) et Wikibio.

VIDEO 3 (7'37) Charles Enderling est interviewé pour l'émission "Les 4 vérités" sur Télématin à l'occasion du salon du livre consacré à Israël.

â–ºCharles Enderlin a également écrit plusieurs livres et réalisé le documentaire (en deux parties) "Les années de sang", diffusé sur France 2 en octobre 2006, sur les coulisses du conflit israélo-palestinien de 2000 à 2006 (disponible en vidéo à la demande payante, ici et ). Le film est la poursuite de l'enquête commencée en 1995 pour son autre documentaire : "Le rêve brisé" (pour plus de détails, voir l'interview de Charles Ederlin sur lexpress.fr du 13/06/02).

VIDEOS 4 et 5 (18'31 et 2'01) Extraits des documentaires réalisés par Charles Enderlin sur les coulisses au Proche-orient. A gauche : "L'impossible dialogue". A droite : "Les années de sang". Attention : certaines images peuvent choquer.



D'autres vidéos de journalistes présents sur place montrent Talal filmer d'autres blessés►Le cameraman
Talal Abou-Rahma est moins connu. Les partisans de la thèse de la manipulation affirment qu'il serait un sympathisant de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP, wikibio) et un propagantiste pour la cause Palestinienne. "Selon le Shin Beth (sécurité intérieure israélienne), Talal n'est soupçonné d'aucune activité subversive", a indiqué Charles Enderlin. Surtout, ils mettent en avant des affirmations parfois floues du cameraman au début de cette affaire. Notamment en ce qui concerne les balles qui auraient disparues. Il déclare dans une interview qu'un général palestinien les détient. Puis, qu'il s'agit de France 2, lorsque le général dit ne pas les avoir. Avant de déclarer : "Nous avons nos secrets...". Des déclarations abondamment commentées sur Internet. Autres éléments visant à discréditer le cameraman : il n'aurait pas de carte de presse et l'autorisation de pénétrer en territoire israélien. Charles Enderlin précise qu'il a perdu sa carte de presse israélienne en même temps que tous les Palestiniens lorsque le bureau de presse gouvernemental a pris la décision de leur retirer mais qu'il est "l'un des rares Palestiniens à pouvoir passer par le barrage d'Erez". Dans une tribune sur le site de l'Association France Palestine Solidarité (du 07/06/08), Charles Enderlin déclare que l'un de ses accusateurs, lui a proposé le marché suivant : “Tu peux encore t’en sortir en lâchant Talal. Je peux t’aider dans un scénario dont tu pourrais sortir meurtri, mais pas mort. Si tu choisis de persévérer dans l’erreur, je continuerai à faire en sorte que tu en crèves, professionnellement s’entend".

â–ºLe 3 octobre 2000 (trois jours après la fusillade), le cameraman livre sa version des faits. Dans une déclaration sous serment au Centre palestinien des droits de l'Homme, Talal Abu Rahma a raconté avec précision la scène. Voici les principaux extraits de cette déclaration, traduits de l'anglais, et tirés du site de Palestinian Centre for Human Rights :

> "A midi, [...] j'ai entendu des tirs intensifs de tous les côtés. [...] J'étais dans une position qui m'a permis de voir et d'observer l'avant-poste militaire israélien au nord-ouest du carrefour, et 2 immeubles palestiniens situés au nord du carrefour".

> "Tout à coup, d'intenses tirs ont commencé sur la route [...] [Un photographe de Reuters, Jamal et son fils Mohammed] s'abritaient tous derrière un bloc de béton. [...] J'ai passé environ 27 minutes à filmer l'incident qui a duré 45 minutes. Je ne pouvais pas quitter la zone, parce que tous ceux qui se trouvaient dans la zone, y compris moi, étaient en danger".

> "Les premiers tirs provenaient des deux camps, israéliens et palestiniens. Cela n'a pas duré plus de 5 minutes. Ensuite, il est tout à fait clair, pour moi, que la fusillade vers l'enfant et son père provenait de la direction opposée. Les tirs étaient dirigés vers les deux avant-postes des Palestiniens. Les avant-postes des Palestiniens n'étaient pas à la base des tirs, la fusillade de l'intérieur de ces postes avait cessé après les 5 premières minutes et l'enfant et le père n'ont pas été blessés à ce moment là. La blessure et la mort ont eu lieu durant les 45 minutes suivantes".

>"Je peux affirmer que les tirs vers l'enfant Mohammed et son père Jamal provenaient de [...] l'avant-poste militaire israélien, puisque c'est le seul endroit à partir duquel cela était possible. Ainsi, par la logique, ma longue expérience dans la couverture chaude de violents affrontements, et ma capacité à distinguer les sons de tirs, je peux confirmer que l'armée israélienne a tué l'enfant et blessé le père intentionnellement et de sang-froid".

> "Je suis un professionnel et un journaliste spécialisé. J'ai travaillé dans ce domaines depuis de nombreuses années. Je suis attaché aux principes de travail journalistique, et à la transmission de la réalité sans discernement, avec objectivité et neutralité. C'est pourquoi je suis un éminent journaliste. J'ai mon propre service de presse, et je travaille comme correspondant pour la télévision française France 2. Je travaille également pour CNN par le bureau de presse d'Al-Wataneya".

> "Je jure que tout ce qui précède [...] et juste et cohérent avec la réalité et la loi".
â–ºSource : pchrgaza.org du 03/10/2000 (en anglais).

> D'après ces déclarations, la carte (ci-dessous) représentant les circonstances de la fusillade a été dessinée. On voit la position de Jamal Al-Dura et son fils juste devant le bâtiment de la police palestinienne et en biais et face à la tour de l'armée israélienne.
Carte représentant la fusillade


Talal Abu Rama témoigne â–ºDans ce récit de Talal Abu Rahma, la phrase "
Je peux confirmer que l'armée israélienne a tué l'enfant et blessé le père intentionnellement et de sang-froid" a fait beaucoup parler. D'après la journaliste Elisabeth Lévy, le reporter palestinien a atténué ensuite ses propos dans une déclaration faxée à France 2, le 30 septembre 2002 : "Je n’ai jamais dit à l’Organisation Palestinienne des Droits de l’Homme à Gaza que les soldats israéliens avaient tué intentionnellement et en connaissance de cause Mohamed Al Doura et blessé son père", écrit-il. "Tout ce que j’ai toujours dit dans les interviews que j’ai données est que d’où j’étais, j’ai vu que les tirs venaient de la position israélienne".


Polémiques

â–º Appel et contre-appel... Le Nouvel Observateur a lancé une pétition pour soutenir Charles Enderlin après la relaxe de Philippe Karsenty. De très nombreux internautes, personnalités et prestigieux journalistes ont signé cet appel, consultable ici depuis le 27 mai. En réponse à cette pétition, le site upjf.org (site de l'Union des Patrons et des Professionnels juifs de France) a mis en ligne un "manifeste prenant le contre-pied de l'appel en faveur d'Enderlin", consultable ici. Voici le début des 2 pétitions (à gauche celle du nouvelobs.com, à droite, celle de upjf.org) :


APPEL

Sept ans. Voilà sept ans qu’une campagne obstinée et haineuse s’efforce de salir la dignité professionnelle de notre confrère Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jerusalem. Voilà sept ans que les mêmes individus tentent de présenter comme une "supercherie" et une "série de scènes jouées", son reportage montrant la mort de Mohammed al-Doura, 12 ans, tué par des tirs venus de la position israélienne, le 30 septembre 2000, dans la bande de Gaza, lors d’un affrontement entre l’armée israélienne et des éléments armés palestiniens. [...] Cet arrêt qui relaxe Philippe Karsenty nous surprend et nous inquiète.
CONTRE-APPEL

Sept ans. Voilà sept ans qu’une campagne obstinée et arrogante s’efforce de salir la dignité citoyenne de membres de la société civile, qui ont osé demander des comptes à leur chaîne de télévision nationale. Voilà 7 ans que France 2 et son correspondant à Jérusalem tentent de présenter leurs contradicteurs comme des fanatiques, au point que, récemment, l’un de leurs avocats n’a pas hésité à les traiter, en plein prétoire, d’«imbéciles de tous bords», et à présenter le plus en vue d’entre eux, Philippe Karsenty, comme un «croisement aigri de Faurisson et de Thierry Meyssan».




â–º
"Conspira-sionisme" ? Parmi les personnes et associations qui prétendent que le reportage est un faux, on trouve de nombreux sites qui prennent systématiquement parti en faveur d'Israël dans le conflit au Proche-Orient et qui tentent de prouver que la vidéo est une manipulation. Certains sont proches de la thèse du complot total, d'autres sont plus mesurés.

Media-Ratings> Le chef de file de la campagne anti-Enderlin est Phillipe Karsenty, mis en avant depuis le procès qu'a intenté France 2 à son encontre. Il est le fondateur et directeur du site Medias-Rating (m-r.fr), qui se définit comme "la première agence de notation des médias". L'homme âgé de 42 ans se présente comme un ancien homme d'affaires spécialisé dans la finance. Il est également adjoint au maire de Neuilly-sur-Seine (chargé des nouvelles technologies). Philippe Karsenty a créé son site en 2004 pour observer les médias français et "évaluer la fiabilité des informations qu'ils diffusent". Il dit se baser sur une méthode appelé "PHILTRE" (Précision, Homogénéité, Indépendance, Liberté, Transparence, Responsabilité, Exhaustivité). Malgré ce soucis de "transparence", les informations sur Philippe Karsenty disponibles sur la toile sont très rares. "Cette méthode nous conduit à analyser l'information selon ces différents critères, déclinés en sous critères, qui nous permettent de repérer, d'analyser et de corriger les dysfonctionnements médiatiques", poursuit Media-Ratings qui est censé faire valider les productions par un Conseil consultatif composé de "personnalités indépendantes, françaises et étrangères" qui "ont démontrées leur intégrité et leur indépendance intellectuelle". Philippe Karsenty indique sur son site que la liste de ces personnalités sera rendue publique ultérieurement (voir ici). Cette promesse est inscrite sur le site depuis sa création...

Photo de Mohammed Al-Dura à la morgueâ–ºLa thèse principale développée par Philippe Karsenty est que les images ont été diffusées pour monter "un mensonge d'Etat". L'enfant Mohammed ne serait pas vraiment mort car on le verrait "lever le coude" sur les rushes, "jeter un oeil à la caméra" puis "baisser son coude". Dans un rapport de 67 pages fourni à la Cour d'Appel (disponible ici en PDF) et basé sur le visionnage des rushes et "sur les armes utilisées à l'époque des faits", Media-Ratings affirme qu'il est "sérieusement possible" que le reportage de France 2 soit "une mise en scène". "Si Jamal et Mohammed Al Doura ont été atteints par balles, les tirs ne pouvaient techniquement pas provenir du poste israélien, mais seulement du poste palestinien "PITA", ou de tireurs placés dans le même axe", conclu Media-Ratings. Philippe Karsenty prétend aussi que le père a été attaqué à coup de haches par des islamistes en 1992 et pas blessé par balles et qu'il est "possible qu'il ait perdu un enfant un jour"... Arlette Chabot a répété lors du dernier procès que Jamal Al-Dura acceptait de se faire expertiser ses blessures et qu'il était même prêt à exhumer le corps de son enfant pour faire un test ADN.
> Photo ci-dessus tiré du reportage de "Jeudi Investigation" montrant la photo de Mohammed Al-Dura à la morgue.



Dessin de Plantu
> Dessin de Plantu (Le Monde), tiré du blog de Charles Enderlin (25/06/08).

Image tirée de la vidéo The Second draft sur les impacts de balleâ–ºLe site "The Second Draft" (seconddraft.org, en anglais) se dit aussi un "site indépendant" dont le chaval de bataille est la critique des médias. Il est dirigé par Richard Landes (wikibio, en anglais), un historien américain qui enseigne l'histoire médiévale à l'université de Boston. Il est spécialisé dans les "croyances apocalyptiques". Il dit avoir rencontré Charles Enderlin et avoir vu les rushes "à trois reprises". il prétend avoir été "frappé" par son manque de connaissance de ce qui s'est passé ce jour là. Il évoque les raisons qui lui font penser à une mise en scène : "Parjure du seul témoin, Talal Abou Rahma, absence de la scène d’agonie de l’enfant que Charles Enderlin avait jugée « trop insupportable », angle des tirs exonérant les Israéliens, pas de sang, pas de scène d’évacuation en ambulance, Mohamed al-Dura tient sa main sur ses yeux, et pas sur son ventre où il est censé avoir été blessé, etc" (dans une interview sur le site de l'agence de presse francophone d'Israël et du Moyen-Orient guysen.com du 06/01/08).

VIDEO 6 (14'01) Richard Landes a réalisé un reportage (traduit dans plusieurs langues) qu'il a appelé "Pallywood" (en référence à Hollywood), dans laquelle il développe sa théorie conspirationniste. Si certains arguments peuvent troubler (surtout les premières contradictions du cameraman Talal Abou Rahma), plusieurs d'entre elles sont vraiment tirées par les cheveux, en particulier le soi-disant "regard vers la caméra" de Mohammed lors de son agonie.

VIDEO 7 (19'03) Le documentaire de Jeudi Investigation (Canal +) du 24 avril 2008 dont le thème était "Rumeurs, intox : les nouvelles guerres de l'info". Le réalisateur Stéphane Malterre a rencontré acteurs et témoins, comme le père du petit Mohammed ou le brancardier qui a acheminé son corps sans vie jusqu'à la morgue, pour démonter le procès instruit contre l'un des chroniqueurs les plus aguerris et les plus honnêtes du conflit israélo-palestinien. Charles Enderlin raconte les menaces et les insultes qu'il endure depuis la diffusion de ce reportage et de la campagne sur le web contre lui.

â–ºUn autre site relaie abondamment les rumeurs sur Internet : celui de la Metula Press Agency (menapress.com). Plus connue sous le sigle Mena, cette agence, qui entretient des rapports directs avec l'armée israélienne, adopte ouvertement un parti-pris pro-israélien dans le conflit du Proche-Orient (voir wikipedia).
Son siège est en Israël (dans le village de Metula) et elle a déjà rebaptisé l'AFP "Agence France Palestine". Les thèses sont à peu près les mêmes que celles de Philippe Karsenty (qui relaie abondamment leurs articles). La Mena insiste surtout sur l'absence de sang sur le corps de l'enfant et sur les "fausses blessures" de Jamal Al Dura. Sur le site, on trouve des centaines d'articles (toujours à charge) sur l'affaire depuis plus de 4 ans.

â–ºLa Mena bénéficie de la collaboration (voir ici) de l'ancien journaliste du Monde et de Libération, Luc Rosenzweig (wikibio), qui soutient que l'affaire a été montée de toutes pièces. Cité comme témoin au premier procès, il a accusé Charles Enderlin de "négligence criminelle" pour "ne pas avoir recoupé ses sources" (menapress.com du 01/12/06). Sur le site (également pro-israélien) desinfos.com (du 26/06/08), Luc Rosenzweig se félicite de la "victoire" de Karpensy au dernier procès qui, selon lui, permet de prouver "une vérité judiciaire". Il interprète la décision de la Cour d'appel ainsi : "cela signifie que, pour les juges, les accusateurs de France 2 ont de bonnes raisons d’estimer qu’Enderlin s’est fait le complice, volontaire ou involontaire, d’une mise en scène macabre réalisée à Gaza par son cameraman Talal Abou Rahma". Selon lui, les rushes montraient des "mises en scènes répétées de blessures factices" de la part des autres manifestants juste avant que ne soit filmée la fusillade.



Le film d'Esther Shapiraâ–ºNahum Shahaf a travaillé pour le ministère de la Défense comme physicien au département d’intelligence optique de l'armée israélienne (Tsahal). Peu de temps après le drame, il a été le premier à pouvoir enquêter sur cette affaire en collaboration avec les soldats de Tsahal (il a notamment assisté à la reconstitution) et en interrogeant le cameraman Talal Abu-Rahma. Il a également pu voir les bandes-vidéos des journalistes présents sur les lieux. Selon lui, on y voyait des personnes affectant de se mettre à couvert au beau milieu d’un combat, tandis qu’au même moment, derrière eux, des hommes et des enfants marchent, çà et là, librement et sourient, comme le font beaucoup de cameramen de télévision (tous Palestiniens), exactement comme à Hollywood (debriefing.com du 25/11/07). Il se demande aussi pourquoi le père et son fils restent derrière le tonneau alors que les autres s'enfuient devant eux (sans doute par peur). Outre le livre de Gérard Huber, c'est aussi cette enquête qui a inspirée un reportage réalisé par Esther Shapira pour la chaîne allemande ARD. La journaliste ne prétend pas que l'enfant n'a pas été tué ou que les Palestiniens ont délibérément assassiné l'enfant. Elle ne défend pas non plus la thèse invraisemblable d'une mise en scène qui aurait été orchestrée avec l'aide de Talal Abu-Rahma voire Charles Ederlin. Son enquête conclut que les israéliens n'ont certainement pas tué l'enfant mais qu'il s'agirait d'un accident causé par des Palestiniens.
Elle se base surtout sur les déclarations au départ contradictoires de Tala Abu-Rahma et sur les balles qui ne correspondraient pas aux armes israéliennes. D'après la journaliste, ce jour là, il n'y a eu aucun jet de pierre ou de tirs venant de la direction de Mohammed Al-Dura et de son père. Ce qui signifierait que les soldats israéliens n'auraient aucun intérêt à tirer dans leur direction. La Ména distribuera le film en circuit indépendant.
> Photo du DVD d'Esther Shapira tirée de alapage.com.

VIDEO 8 (13'18) Une chaîne juive a retransmis un reportage sur l'enquête de Nahum Sharaf, produit par la Ména. Le parti-pris pro-israélien est clair.

VIDEO 9 (4'09) Cette vidéo a été réalisée et apportée par Charles Enderlin à la Cour d'appel de Paris le 27/02/08. On découvre les images prises par la télévision d'APTN qui était sur les lieux. La déclaration "L'enfant est mort, l'enfant est mort!" avant que Mohammed ne soit tué a beaucoup fait parler ceux qui pensent que le reportage est un faux. Il s'agirait en réalité d'une expression qui signifie en arabe parlé que "l'enfant est en danger de mort".



> La photo du carrefour de Netsarim qui aurait été prise par un drone. Elle montre les positions de tir palestiniennes et israélienne et la position du père et de l'enfant derrière le tonneau. Elle est reprise par plusieurs sites pro-israéliens pour montrer que les tirs ne pouvaient pas venir du Tsahal. La photo et les "commentaires" sont tirées de upjf.org du 18/06/08 (site de l'Union des Patrons et des Professionnels Juifs de France).

VIDEO 10 (1'47) En novembre 2000, le général israélien Yom Tov Samia a fait effectuer une reconstitution (qui n'a pas été commandée officiellement par le gouvernement israélien). Il certifie que le père aurait été touché d'une balle dans le dos. Le médecin qui l'avait examiné expliquait le lendemain de la fusillade que la blessure a été causé par la sortie d'une balle qui a traversé à la poitrine. D'après lui, on voit des éclairs de balles passer sur la bande magnétique. Cela montrerait que les balles viendraient de l'arrière et donc qu'elles proviendraient du camp palestinien. Mais, Charles Enderlin conteste cette analyse en faisant remarquer qu'il est impossible de filmer une balle avec une caméra de reportage (24 images par secondes).
Analyse de la reconstitution - Ma-Tvideo France2
Analyse de la reconstitution - Ma-Tvideo France2


Contre-expertise d'une mise en scène de Gérard Huberâ–ºUn livre est sorti sur l'affaire en 2003. Le psychanalyste et philosophe Gérard Huber dans "Contre-expertise d'une mise en scène" (éditions Raphaël) se dit "intimement convaincu que le crédit qu'Enderlin a donné au récit d'Abu Rahma relève de l’auto-hypnose, de l’auto-suggestion, et non de l’intention consciente de nuire à l’image d’Israël" (gerardhuber.fr). Gérard Huber a été le premier à "contre-expertiser les résultats de l’enquête de Nahum Shahaf". L'auteur dit avoir visionné de nombreux rushes qu'il a croisés avec l'enquête israélienne de Shahaf. Il déclare sur son site : "À la fin, j’ai conclu, devant l’avalanche de leurs désaveux et autres dénégations, sans parler des contradictions et invraisemblances, que, parmi l’avalanche d’images de saynettes de guerre filmées ce jour-là par différentes chaînes de télévision, il y avait bien eu une mise en scène palestinienne d’un faux meurtre d’enfant palestinien par des soldats israéliens". Pour lui, la "mort" de l'enfant est "une fiction utilisée comme stratégie de communication". Gérard Huber est aussi professeur à l’Institut Universitaire d’Études Juives Élie Wiesel. Il ferait aussi partie prenante du collectif pro-israélien qui a décerné à Charles Enderlin le "Prix Goebbels de la désinformation" (republique-des-lettres.fr du 19/11/04).
> Le livre est consultable gratuitement (en PDF, 102 pages) ici.

â–ºLa plupart des journalistes de la grande presse soutiennent Charles Enderlin. Mais quelques uns d'entre eux, considérés comme très sérieux, ont émis des doutes après avoir visionné les rushes. C'est le cas de Denis Jeambar et Daniel Leconte. Le premier a débuté à Paris-Match avant de devenir rédacteur en chef du service politique et culturel du Point, puis directeur général d'Europe 1 et de L'Express (voir wikibio). Denis Jeambar a écrit plusieurs livres et a été élu en décembre dernier président du conseil d'administration de l'institut pratique de journalisme (IPJ). Daniel Leconte, lauréat du prix d'Albert Londres en 1988 (prix audiovisuel très prestigieux), est également écrivain et directeur de sociétés de production de films documentaires et de fictions (voir wikibio). Ils expliquent dans un article au Figaro (du 15/10/07) avoir été approchés par Luc Rozensweig pour l'accompagner dans son enquête. Ils sollicitent alors Arlette Chabot pour visionner les fameux rushes. Celle-ci accepte "sans réticence". "Le visionnage des rushes ne nous apprend rien de plus sur « l’agonie de l’enfant ». Ou plutôt, si ! Cette fameuse « agonie », qu’Enderlin affirme avoir coupée au montage, n’existe pas", affirment-ils. Extraits de l'article : "En revanche, le visionnage permet de relever, avec l’approbation de nos confrères de France 2 présents autour de la table que, dans les minutes qui précèdent la fusillade, les Palestiniens semblent avoir organisé une mise en scène. Ils « jouent » à la guerre avec les Israéliens et simulent, dans la plupart des cas, des blessures imaginaires. Le visionnage intégral des rushes démontre aussi qu’au moment où Charles Enderlin donne le gamin pour mort, tué par les Israéliens, c’est-à-dire le soir même sur le journal de France 2, rien ne lui permet d’affirmer qu’il est vraiment mort et encore moins qu’il a été tué par des soldats israéliens. Tout, bien au contraire, à commencer par l’emplacement des uns et des autres sur le terrain, incriminerait plutôt une ou des balles palestiniennes [...] Autrement dit, en attribuant la mort de l’enfant à des tirs israéliens le soir même sur France 2, Charles Enderlin a extrapolé à partir des rushes et de la version des événements fournie par son cameraman".



â–ºPendant des années, le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF, wikibio) a préféré se démarquer des thèses de manipulation concernant cette affaire qui avait provoqué des sentiments de rejet envers la politique menée en Israël. Pourtant, depuis l'élection de son nouveau président Richard Prasquier (wikibio), le CRIF remet aussi en cause la version officielle. L'organisation vient de demander "solennellement" à Nicolas Sarkozy la création d'une commission d'enquête pour "connaître la vérité sur l'affaire Al-Dura". En avril, Richard Prasquier a publié un article dans Actualité Juive dont voici quelques extraits (recueillis sur desinfos.com) : "[...] Aujourd’hui, je veux comprendre....Comment se fait-il que des blessures aussi nombreuses et aussi graves, sur le père et sur l’enfant, ne laissent pas de trace de sang visible sur les corps, sur le mur ou sur le sol ? Et que la seule tache rouge soit celle d’un chiffon déplacé par l’enfant sur son abdomen ? Comment se fait-il que l’enfant supposé mort bouge son bras dans un mouvement qui n’est pas un spasme d’agonie ? [...] Puisque les balles ont été tirées de face, elles ne peuvent provenir que du côté palestinien, et comme on ne peut pas imaginer que les Palestiniens tiraient vers le mur pour tuer, la seule possibilité est celle d’une mise en scène... C’est l’opinion que défend Philipe Karsenty contre un barrage de silence et de mépris d’une efficacité redoutable. J’ai été réticent à l’écouter. Plus que d’autres, du fait de mes années d’implication personnelle sur la Shoah, je me méfie d’une explication "conspirationniste" : les Juifs en furent d’ailleurs si souvent les victimes ! [...] Mais les questions sont là et les réponses ne viennent pas...Alors je veux dire ici qu’il n’est que temps de faire analyser les documents par une commission neutre d’experts, de spécialistes en balistique, en médecine légale, en traumatologie et de spécialistes en images. Cette commission doit être française car France 2 est une chaîne publique française [...]".

VIDEO 11 (14'21) Le média juif Radio J interroge Richard Prasquier (après avoir fait réagir Philippe Karsenty) sur sa position et la demande de la commission d'enquête du CRIF.
VIDEO 12 (19'44) Arlette Chabot réagi à cette demande. "Nous n'avons rien à cacher", répète-t-elle. "La chose que j'attends depuis 4 ans, c'est que l'on me montre où est l'enfant s'il est vivant!" "Je vous promet que s'il est vivant, on le présentera au journal de France 2, on fera un immense reportage, je présenterais mes excuses au nom de la rédaction de France 2 et qu'il y aura des sanctions", s'énerve-t-elle.


â–ºEn passant... D'après le site bakchich.info (29/06/08), qui cite Charles Enderlin, le Conseil représentatif des institutions juives de France "a payé les frais de justice d’une personne condamnée pour diffamation anti-juive à (son) égard". Le CRIF aurait réglé la somme d'une personne qui avait été condamné pour "incitation à la haine raciale" contre le reporter.

Corporatisme ?

VIDEO 13 (19'05) L'émission "J'ai mes sources" animée par Colombe Schneck sur France Inter organise un débat très intéressant avec l'avocat de Richard Karpensy et le chef du service étranger du Nouvel Observateur. Le thème : "Les journalistes doivent-ils accepter une remise en cause de leur travail ?"


â–º
D'autres personnes critiquent l'attitude des médias traditionnels qui semblent ne pas vouloir relayer la polémique en refusant de remettre en question l'un des meilleurs journalistes. Ivan Rioufol (wikibio), qui tient notamment le "Bloc-notes" publié chaque vendredi dans Le Figaro et qui est chroniqueur à l'émission On refait le monde (sur RTL), critique l'appel du Nouvel Observateur en se demandant pourquoi on jugerait que Charles Enderlin serait un "journaliste infaillible" uniquement sur la base de ses déclarations. Même si "rien ne permet d'accuser" de désinformation le reporter de France 2, "professionnel visiblement estimé", "la pétition suggère qu'un reporter [...] ne saurait être jugé que par ses pairs : un esprit de corps qui a pour effet d'imposer une vérité, en décridibilisant les contradicteurs", estime le journaliste. "L'omerta sur la contestation de ces faits [...] fait injure à la démocratie", précise-t-il en dénonçant un "corporatisme absurde".
Ivan Rioufof revient aussi sur les répercussions "considérables" de cette vidéo au Proche-Orient. L'éditorialiste rappelle aussi que les terroristes qui ont tranchés la tête de Daniel Pearl (en 2002, au Pakistan) ont diffusé la photo de la scène dans la vidéo de leur exécution ou que la journaliste Catherine Nay (wikibio) aurait déclaré sur Europe 1 que "La mort de Mohammed annule, efface celle de l'enfant juif, les mains en l'air devant les SS, dans le ghetto de Varsovie" (photo ci-dessous). Voir l'éditorial complet d'Ivan Rioufol sur son blog au Figaro (13/06/08).
L'enfant juif levant les mains devant les SS dans le ghetto de Varsovie

â–ºAutre critique sur la défense générale des médias de Charles Enderlin : Elisabeth Lévy (wikibio), journaliste (Marianne, Le Figaro Magazine, Le Point...) et écrivain est revenu sur cette affaire dans son blog avec un article intitulé "Mohamed Al Doura et le Parti des Médias" (causeur.fr du 17/04/08). Elle critique aussi la pétition du Nouvel Obs et l'attitude de la chaîne : "Aux doutes et interrogations suscités par son reportage, France 2 a répondu par le silence ou le mépris. Et quand ces doutes se sont transformés en polémiques, la profession a fait corps autour de l’un des siens, odieusement attaqué, contribuant au passage à transformer l’affaire Al Doura en affaire Enderlin. [...] Morale de l’histoire : un journaliste ne peut pas se tromper. Le critiquer revient nécessairement à attenter à son honneur, et donc, à celui de toute la profession. Circulez, rien à voir". Sur son blog, elle revient aussi sur l'impact symbolique qu'a déclenchée la vidéo : "L'enfant est devenu une icône dans le monde arabe et au-delà. On a donné son nom à des rues, à des écoles, des timbres à son effigie ont été éditées, des chansons et poèmes ont célébré sa mémoire. Bref, le petit Mohamed est, pour des millions de personnes à travers le monde, un symbole, un symbole de la barbarie israélienne, voire, pour certains, de la bestialité juive".

â–ºL'écrivain philosophe Alain Finkielkraut (wikibio) dit avoir révisé son jugement au fil des années sur cette affaire : "Je me disais : Ce fait est terrible. Il est inconfortable pour tous les amis d’Israël et la tendance naturelle de l’être [humain] face à un fait inconfortable, c’est de l’occulter. [...] Je me disais : voilà ce qui est en jeu dans ce reportage. Et puis, peu à peu, j’ai ouvert les yeux, j’ai ouvert les oreilles et j’ai fait donc le même cheminement que les magistrats de la Cour d’appel [...] Le jugement – qui est très intéressant – aurait dû alerter les journalistes, puisque, dans le jugement, il est dit que l’examen des rushes ne permet plus d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure et qui avaient mis en doute l’authenticité du reportage… [...] Pour le coup, je me dis que l’idéologie est du côté de ceux qui, au départ, ne voulaient pas tomber dans l’idéologie. Ce sont eux qui pensent, en effet, que les sionistes veulent tout faire pour masquer les crimes d’Israël, et qui, sûrs de leur fait – c’est-à-dire de leurs préjugés – se ferment délibérément au débat, refusent de rendre compte de la décision de justice, ce qui est quand même de la part des journalistes une attitude tout à fait singulière. Et c’est révélateur à la fois du préjugé et du corporatisme…" Voir Interview complète sur radio RCJ et un extrait écrit sur upjf.org.

VIDEOS 14 et 15 (15'05 et 11'07) Interviews d'Alain Finkielkraut (sur Radio RCJ du 05/06/08) et d'Elisabeth Lévy (sur Radio J du 22/05/08) sur le jugement de la Cour d'Appel et la pétition du Nouvel Observateur.

â–ºCertains groupes Facebook, créés pour remettre en cause la crédibilité du journaliste, l'accusent d'angler tous ses reportages d'un point de vue anti-israélien. Certains messages des groupes "Pour virer Charles Enderlin de France 2 et de tous médias", "Enderlin, t'es foutu!!!" ("Groupe de pression pour exiger de Charles Enderlin qu'il mette fin à sa carrière") ou "Appel au boycott de France 2 pour condamner Charles Enderlin" sont très virulents et des phrases citées sont sorties de leur contexte pour accuser le journaliste. Preuve que, depuis "l'affaire Al-Dura", Charles Enderlin déchaîne des passions. Le journaliste a d'ailleurs créé une catégorie "Messages haineux et autres" sur son blog.
 

VIDEOS16 et 17 (1'22 et 2'13) Soutenu par la direction de France 2, Charles Enderlin est toujours le correspondant de la chaîne pour couvrir les évènements au Proche-Orient. Dans son dernier reportage (le 02/07/08), il a relaté la course sanglante d'un ouvrier palestinien aux commandes d'un bulldozer qui a tué 3 personnes et blessé plus de 45 autres dans le centre-ville de Jérusalem. Le conducteur a été tué quelques instants après par 5 ou 6 balles à bout portant. Aucun groupe armé n'a revendiqué cette action mais la police considère qu'il s'agit d'un attentat. La vidéo de gauche montre le reportage (qui semble très sobre et objectif) de Charles Enderlin pour le 13h de France 2. Le reportage à droite (signé Reuters) est déconseillé aux âmes sensibles. On y voit en effet l'exécution du conducteur. Détails sur cet évènement : lemonde.fr du 02/07/08.


En résumé...

â–º Certains pensent que les soldats Israéliens ont abattu intentionnellement l'enfant.
â–º D'autres certifient que les Palestiniens l'ont tués volontairement avec la complicité du cameraman.
Ces deux affirmations semblent aussi fantaisistes et dangereuses l'une que l'autre et ne paraissent être destinées qu'à "jeter de l'huile sur le feu".
â–º Tout comme celle qui consiste à croire que tout cela est une mise en scène et qu'il n'y a pas eu de meurtre ni de blessure.
â–º Il semble plus vraisemblablement que ce terrible drame soit un accident qu'il est difficile aujourd'hui d'attribuer à l'un ou l'autre "camp".

VIDEOS 18 et 19 (9'50 et 9'03) Vous nous les aviez réclamés... Nous vous les avons retrouvés. Voici les fameux rushes filmés par Talal Al Rahma. La seule chose que prouve finalement cette triste affaire est que l'on peut interpréter les mêmes images très différemment selon ses préjugés. A chacun de se faire sa propre opinion.


â–ºFinalement, on ne saura peut-être jamais qui a tiré. Et, après tout, cela importe peu. Mohammed a été tué par cette interminable guerre...

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