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►OPÉRATION TOLÉRANCE ZÉRO +4 VIDEOS
"Des Jeux Olympiques sans incident". Voilà le nouveau slogan véhiculée par la Chine à trois semaines des J.O. (du 8 au 24 août). Ces derniers jours, la tension sécuritaire est montée d'un cran au pays du matin calme. Lundi (21/07/08), deux explosions de bus ont fait 2 morts et 14 blessés. Alors que rien ne permet d'être catégorique, les autorités chinoises ont dénoncé une tentative de sabotage des J.O. et n'ont émis aucun doute sur la thèse d'un attentat terroriste. Ce drame va surtout permettre aux autorités chinoises de justifier sa politique de plus en plus répressive à l'égard des dissidents. Politique fortement critiquée ces derniers jours par de nombreuses associations de défense des Droits de l'homme. 150.000 policiers et 290.000 volontaires (patriotiques) sont mobilisés pour faire régner "l'ordre" pendant les J.O. Alors que les protestations se font de plus en plus remarquer, le gouvernement chinois va pouvoir "faire le ménage" au nom de la menace terroriste. "Des Jeux Olympiques sans incident"... Véritable voeux ou cynique propagande ?
►LAURENT MACABIES / DSS
VIDEO 1 (1'02) Reportage du 19/20 du 21/07/08 sur l'explosion au sud-ouest de la Chine.
 
Suivez la flèche pour en savoir (beaucoup) plus.
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►La matière des explosifs a été identifiée. Selon la police, les terroristes auraient utilisés du nitrate d'ammonium. Ce produit chimique est habituellement utilisé comme engrais ou comme explosif dans des travaux de chantiers publics. Le quotidien China Daily indique que le nitrate d'ammonium est surtout utilisé par les militaires (lefigaro.fr du 22/07/08).
►On aurait déjà aussi trouvé les coupables. Les principaux soupçons portent sur le Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM) qui militent pour la séparation du Turkestan oriental de la République de Chine (continentalnews.fr du 21/07/08). Les membres de l'ETIM sont pour la plupart des militants Ouighours qui militent pour la séparation du Turkestan oriental (appelé province du Xinjiang par les Chinois) de la République populaire de Chine, et la création d'un état islamique. La province chinoise (voir ci-dessous) compterait près de 11 millions de musulmans. Les Ouighours y sont majoritaires. En 2002, les Nations Unies ont classées l'ETIM comme une organisation terroriste.

> La République Populaire de Chine se compose de 5 régions autonomes. L'attentat a eu lieu au sud, à Kunming, la capitale de Yunnan. Au nord-ouest, se trouve la province du Xinjiang dans laquelle de nombreuses tensions ethniques ont éclaté en cette année olympique. C'est là bas que vivent les Ouighours, population d'origine turque et musulmane, qui réclament l'indépendance de la région depuis des décennies. Sources et détails : ici, ici et là.
> Cartes : Free Software Foundation et postée sur wikipedia par l'utilisateur Lorenzarius.
►Les Ouighours liés à Al-Qaïda ? Sans présenter de véritables preuves, Pékin accuse les séparatistes ouighours du Xinjiang d'être liés aux djihadistes d'al-Qaida, mais leurs capacités d'organisation paraissent réduites (lefigaro.fr du 22/07/08). Selon Radio Free Asia, basée aux États-Unis, 2 militants ouighours ont été exécutés récemment, une information qui n'a pas été confirmée officiellement. Les autorités chinoises parlent aussi de la menace de la secte Falun Gong interdit par Pékin en 1999.
►En mars dernier, les autorités chinoises avaient annoncé avoir déjoué plusieurs complots terroristes sur son sol, en particulier dans la province du Xinjiang. Les mouvements de défense des Droits de l'Homme accusaient alors le gouvernement d'exagérer les risques de violence dans la région pour renforcer son contrôle des mouvements séparatistes ouighours (france24.com du 10/03/08). Un responsable a, par exemple, déclaré qu'un avion de ligne en provenance du Xinjiang avait été contraint d'atterrir après la découverte d'un "attentat planifié". Les médias et le gouvernement n'ont donné aucune précision sur les suspects ou leurs mobiles et les voyageurs du week-end suivant n'ont signalé aucun renforcement de la sécurité.
> Photo tirée de christophesperandio.fr.
►La Chine verse-t-elle dans la paranoïa ? Quelques jours avant l'explosion, le ministère de la Sécurité publique a publié un manuel pour aider les citoyens à déjouer une attaque terroriste ou à y survivre, d'après Michel Cornier, correspondant de la télévision de Radio-Canada à Pékin (18/07/08). A cause des périmètres de sécurité, il faut plusieurs heures pour entrer dans Pékin. Des détecteurs de métaux ont été installés dans les métros. Des batteries de missiles air-sol ont été placées dans les environs du stade olympique en cas de détournement d'avion. L'aéroport de Pékin sera fermé pendant la cérémonie d'ouverture du 8 août pour la première fois depuis des décennies. Des récompenses pouvant aller jusqu'à 50.000 euros sont prévues pour ceux qui apporteraient des informations sur des projets d'attentats (rfi.fr du 19/07/08). 1600 personnes ont été arrêtées pour trafic le week-end dernier à Hong-Kong. Les travailleurs migrants et de nombreux étrangers doivent quitter la capitale... Bref, bienvenue en Chine !
►Tout est prévu. En cas d'attaque terroriste, c'est le parc olympique de Pékin qui servira de refuge (tsr.ch du 19/07/08). Le comité d'organisation des J.O. aurait déjà préparé 300 sacs de couchages et 50 grandes tentes pour abriter spectateurs et sportifs au cas où.
►Vous vous demandez peut-être "qui sont réellement les ennemis des Jeux Olympiques" ? Non ? Le Quotidien du peuple en ligne, site qui relaie abondamment les communiqués du gouvernement chinois, les a répertoriés (quand même) pour vous car "certains médias occidentaux ont émis des remarques ironiques et sarcastiques à l'endroit des mesures préventives de défense prises par les autorités municipales de Beijing". On trouve :
> Les forces terroristes du "Turkestan Oriental" dont "les actes terroristes" ont été "dévoilés dernièrement".
> Les partisans radicaux de l'"indépendance tibétaine" qui "ont exprimé leur tendance à la violence" à Lhassa (le 14/03/08).
> Les activistes du Falun Gong, considéré comme une secte.
> Les "gens mécontents et insatisfaits qui ont des griefs contre la société". En gros des individus qui ne sont pas contents que la Chine se développe (dixit le site)...
> Les forces du terrorisme international.
►Les troubles à l'ordre public sont rudement sanctionnés en Chine. Selon le rapport annuel 2007 de Reporters Sans Frontières (RSF), les autorités ont dû faire face à 87.000 troubles à l'ordre public en 2006 (contre "seulement 10.000 dix ans plus tôt). Toujours d'après ce rapport, le gouvernement a adopté et fait examiner par l’Assemblée populaire un projet de loi sur la gestion des situations de crise qui permet notamment d’imposer des amendes allant jusqu’à 10.000 euros aux médias qui publieraient, sans autorisation, des informations sur ces sujets. Les manifestations font partie de "la liste des sujets interdits" que recevraient les rédactions régulièrement pour ne pas troubler "la société harmonieuse" proclamée par Hu Jintao (le Président). RSF cite notamment un journal chinois, le Xin Kuaibao qui a dénoncé cette loi qui ne prend pas en considération le fait "qu’il n’y a aucune façon de vérifier si l’information qui émane des autorités est fidèle et exacte". D'après l'organisme qui défend la liberté de la presse, les interpellations et les menaces contre les dissidents se durcissent à l'approche des Jeux (rsf.org du 21/07/08). "Placement en résidence surveillée, contrôle policier, surveillance des communications et intimidations sont de plus en plus fréquents", indique RSF qui ajoute : "Suite aux émeutes de Wengan, des journalistes locaux ont reçu l’ordre de ne pas publier d’informations en défaveur de la police. Au niveau national, les médias ont été autorisés à évoquer ces manifestations, mais seulement en citant la version officielle".
►En 2001, lors de l'annonce de l'organisation des J.O. à Pékin, la Chine avait promis de fortes améliorations dans plusieurs domaines. A-t-elle tenue ses engagements ? Non, si l'on en croît Amnesty International. Dans un communiqué sur son site, le mouvement fait part de sa préoccupation à cause de "la régression en matière de respect des droits humains à l’approche des Jeux olympiques de 2008". Malgré les engagements des autorités chinoises, de graves atteintes aux droits humains continuent d’être commises en Chine, indique Amnesty qui répertorie les promesses non-tenues par les autorités chinoises : recours persistant à la peine de mort et à des formes abusives de détention administrative, incarcérations, torture, le harcèlement continu et la détention des défenseurs des droits humains, ainsi que la répression des journalistes tout médias confondu des médias, y compris internet.
►Une semaine avant ces explosion, plusieurs organisations étrangères ont accusée la Chine d'avoir arrêté des dissidents qui avaient des opinions politiques différentes des autorités. Un porte-parole des J.O. a parlé d'attaques "infondées". Ce porte-parole "qui a demandé à garder l'anonymat" a concédé à l'agence de presse chinoise Xinhua (du 14/07/08) que plusieurs personnes avaient été arrêtées: "En vue de garantir l'organisation avec succès des Jeux olympiques et la sécurité des athlètes et touristes étrangers, la Chine a pris en effet une série de mesures de sécurité nécessaires, légitimes et raisonnables". Mais "personne ne peut être puni seulement à cause de sa parole", aurait-il ajouté.
►Les mesures de sécurité vont-elles faire fuir le tourisme ? Pour répondre aux inquiétudes des sportifs et des touristes, les autorités vont interdire la capitale à la moitié des 3,3 millions de véhicules et vont fermer les usines les plus polluantes à partir de dimanche prochain. Pourtant, le renforcement de la sécurité, la politique de visas plus stricte et une inflation du prix des chambres d'hôtel a effrayé les touristes étrangers (nouvelobs.com du 19/07/08). Beaucoup de lieux nocturnes ont aussi été fermés pour, officiellement, éviter les attentats.
►La grogne sociale monte. D'après un correspondant du site bakchich.info (22/07/08), les gens du peuple sont exclus des Jeux olympiques. Les restrictions sécuritaires entraîneraient une très forte augmentation du coût de la vie qui nuit énormément aux couches les plus populaires. Les chauffeurs de taxi ne peuvent plus circuler qu'en alternance à cause des mesures contre la pollution, les hôtels se plaignent du manque de tourisme, les retraités, qui arrondissaient leurs fins de mois en revendant des matières recyclées et autres marchandises ne peuvent plus le faire...
►Dans ce contexte sécuritaire, les militants pourront-ils faire passer leurs messages ? Pour protester durant les J.O. et se jouer de la sécurité draconienne, ils devront être très imaginatifs (AFP via aujourdhuilachine.com du 18/07/08). Les athlètes défendant la cause tibétaine sont invités à faire un simple T (comme un temps mort au basket) avec la main pour montrer leur soutien. Dans les stades, certains militants porteront des bandeaux en mousse au poignet et d'autres s'habilleront en orange. Plusieurs mouvements appellent d'ailleurs les spectateurs à "porter quelque chose d'orange". C'est Bayrou qui va être content !
> Photo de militants du Modem tirée de page2007.com (blog de Christelle Carcone).
►Voilà sans aucun doute le pire effet J.O. en Chine... Pour lutter contre les "fauteurs de troubles", les propriétaires de bars de Pékin viennent de recevoir l'ordre... de ne plus servir les Noirs et les Mongols (Courrier International du 18/07/08). D'après plusieurs quotidiens chinois qui citent les propriétaires de bars du centre-ville, les autorités chinoises préparent secrètement l'interdiction d'entrée dans les bars de la capitale aux "populations socialement indésirables"... Certains affirment qu'ils ont dû signer sous la contrainte du Bureau de la sécurité publique un document dans lequel ils promettaient de ne pas laisser entrer les Noirs. Ils devaient aussi promettre de suspendre, le temps des Jeux certaines activités comme la danse et les concerts dans le but de donner l'impression d'une grande stabilité sociale. D'après Courrier International, au cours de ces dernières décennies, des manifestations ont été organisées en Chine pour protester contre la présence des étudiants africains à qui l'on reprochait de sortir avec de jeunes chinoises. Va-t-on assister à un apartheid chinois pendant les J.O.?
> Photo tirée de memory.loc.gov.
►La cible Olympique. Que la Chine exagère ou pas, les risques d'un attentat terroriste pendant les Jeux Olympiques sont, il est vrai, très important. Deux fois, déjà, les jeux ont été la cible d'attaques. A Munich, en 1972, 8 terroristes palestiniens ont pris des membres de l'équipe israélienne en otages. Les 11 israéliens, 5 terroristes et un policier allemand sont morts. En 1996, à Atlanta, une bombe explose au Centennial Park, tuant une touriste américaine et blessant plus de 100 personnes. Après les attaques du 11 septembre 2001, le coût de la sécurité par athlète s'est multiplié. Il était passé de 11,9 millions d'euros en 2000 à 106,2 millions d'euros en 2004 (radio-canada.ca du 09/09/05).
VIDEO (15'04) Documentaire de la chaîne Histoire sur ce que l'on a plus tard appelé "le massacre de Munich". La deuxième partie du reportage est ici. La troisième est là.
►Les jeux constituent certainement la tribune politique la plus importante du monde. Alors que le Comité International Olympique (CIO) interdit tous les slogans ou logos sans accord, de nombreuses éditions ont été marquées par des évènements géopolitiques et des revendications. Durant les Jeux de l'Antiquité (de 776 avant J-C à 393), les cités grecques en conflit déposaient leurs armes pendant cette trêve d'un mois. Les Spartiates rompent cet accord pendant la guerre du Péloponnèse en attaquant un fort puis un village. Sparte sera exclue des Jeux... Les deux guerres mondiales empêcheront que se tiennent les Jeux en 1916, 1940 et 1944. Hitler utilisera les Jeux de Berlin en 1936 pour sa propagande. Les USA, la France, la Belgique, les Pays-Bas ont d'abord voulu boycotter la compétition ou organiser leur propres Jeux à Barcelone mais avec le coup d'Etat de Franco, ils ont dû y renoncer. En 1920 et 1948, les pays perdants des deux guerres sont exclus de la compétition. Dans la plupart des éditions suivantes, plusieurs pays protestent au cours des Jeux. La Chine quitte le CIO de 1958 à 1976, après la mort de Mao Ze Dong. Les J.O. de Montréal (1976) sont boycottés par 28 pays africains qui protestent contre la tournée de l'équipe de rugby de la Nouvelle-Zélande en Afrique du Sud qui pratique l'apartheid. En 1980, le Président des USA, Jimmy Carter lance un ultimatum et menace de boycotter les J.O. de Moscou si l'URSS ne retire pas ses troupes d'Afghanistan. Les soviétiques restent à Kaboul et les américains ne participent pas aux Jeux comme une cinquantaine de nation. Valéry Giscard d'Estaing et la France choisissent d'y aller. En 1984, l'URSS et ses alliés boycottent à leur tour les J.O. de Los Angeles. Officiellement pour des raisons de sécurité. Officieusement par représailles. Depuis les Jeux de Seoul (1988), l'évènement n'est plus le théâtre de revendication. Jusqu'à ces J.O. de Pékin...
Sources et détails : wikibio et dossier de lexpress.fr (15/07/08).
VIDEOS (1'12 et 1'56) Deux exemples de la grande portée des Jeux Olympiques.
En 1936, Adolf Hitler profite de "ses" Jeux pour assoir sa propagande sur la supériorité de la race aryenne. L'athlète noir américain Jesse Owens (wikibio) bat le record du 100m. Il remporte 3 autres médailles d'or durant cette compétition.
A Mexico, le 17 octobre 1968, l'Américain Tommie Smith (wikibio) remporte la finale du 200 mètres. Sur le podium, avec son compatriote John Carlos (3ème), il brandit un poing ganté de noir pour protester contre les discriminations aux USA. Les images feront le tour du monde et deviendront un symbole du "Black Power".
►Pour se détendre un peu... Quoique ! Voici une histoire qui aurait sa place dans les séries d'espionnage ou films d'Hollywood. Un collaborateur du premier ministre anglais Gordon Brown a commis une belle bourde en perdant son Blackberry en Chine (tf1.lci.fr du 20/07/08). Entre de mauvaises mains, ce portable pourrait permettre de pénétrer dans le serveur de Downing Street et d'avoir accès au trafic du courrier électronique. Mais ce n'est pas tout... D'après le Sunday Times, le collaborateur en question a été victime d'un "piège" tendu par des agents des services de renseignements chinois. Il aurait rencontré une Chinoise dans une discothèque qui aurait accepté de le rejoindre dans son hôtel. Le lendemain, le collaborateur (resté anonyme) aurait constaté que son Blackberry avait disparu ! L'entourage de Gordon Brown a démenti les informations du Sunday Times mais a confirmé la perte du portable.
> Photo de Gordon Brown tirée de web-libre.org.
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Tracké le juillet 24, 2008 3:47 PM
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Le Falun Gong est la cible en Chine d'une violence inouïe aux mains du régime chinois. Plusieurs milliers de morts, des centaines de milliers de détenus. Le régime a besoin de faire croire que cette discipline bouddhiste est dangereuse pour justifier la répression. Il est donc vital en Occident de ne pas cautionner la campagne de diffamation lancée par Pékin contre ces innocents.
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