Il est Président de la République colombienne. Et il est en train de mettre le feu à la région. Samedi, l'armée colombienne a bombardé un camp des FARC à l'intérieur du territoire équatorien tuant 17 guerilleros dont le numéro 2 des FARC Raul Reyes. Le président equatorien Rafael Correa n'a évidemment pas apprécié cette incursion dans son territoire et a précisé que les guerilleros avaient été "bombardés et massacrés durant leur sommeil". Il a ajouté qu'Alvaro Uribe avait ainsi fait échouer une tentative de libération d'otages, dont Ingrid Betancourt aurait fait partie. Bogota a présenté ses excuses, ce qui n'a pas empêché Quito de déployer des troupes à sa frontière avec la Colombie. Pendant ce temps là, Hugo Chavez souffle sur les braises qualifiant la Colombie "d'Etat terroriste" et son président Alvaro Uribe de "criminel". Il a mis en garde contre le risque de déclenchement "d'une guerre en Amérique du Sud". "S'il vous vient à l'idée de (mener une telle incursion) au Venezuela, président Uribe, j'enverrai quelques Sukhoï" (avions de guerre russes récemment acheté par le Vénézuéla). Il a par ailleurs massé 10 bataillons (environ 6 000 hommes) à sa frontière avec la Colombie qui se retrouve du même coup menacée par le nord et par le sud (voir carte). Uribe a quant à lui porté plainte contre Chavez devant le Tribunal Pénal International (TPI) pour "financement de génocide". Le vice-président colombien accuse les FARC d'être "en train de négocier l'achat de matériel radioactif, nécessaire à la fabrication d'armes sales de destruction et de terrorisme". Dans la région, Michelle Bachelet (Chili), Lula (Brésil) et Felipe Calderon (Mexique) proposent leur médiation. Bernard Kouchner a estimé que la mort du numéro 2 des FARC était "une mauvaise nouvelle" pour les otages, dont Ingrid Betancourt, tout en appelant à "un geste" de la guerilla marxiste. â–ºPIERRE BOHM/DSS
VIDEO 1 (1'29) : C'est en direct de la télévision, au cours de son émission "Allo presidente" qu'Hugo Chavez a demandé à son ministre de la Défense d'envoyer 10 bataillons à la frontière avec la Colombie. De son côté, Alvaro Uribe se défend en disant que l'opération en territoire équatorien faisait suite à des "tirs transfrontaliers".
> Fabrice Delloye, ex-mari d'Ingrid Betancourt, est extrêmement virulent sur Alvaro Uribe. Pour lui le président colombien "se fout des otages qui pourrissent dans la jungle", n'est pas loyal avec la communauté internationale". Il explique aussi que Raul Reyes était l'un des interlocuteurs de la communauté internationale pour les négociations avec les FARC. (letemps.ch)
Pour découvrir comment Uribe s'est fait mettre le pied à l'étrier par le plus grand dealer de cocaïne de tous les temps, suivez la flèche.
Uribe : un conservateur au passé mafieux
> Alvaro Uribe est un homme politique libéral de 55 ans, avocat de formation. Il fut gouverneur de la région d'Antioquia, dont la capitale est Medellin. Il fut membre du parti libéral colombien dont il démissionna en 2002 pour se présenter et faire élire à la présidence de la Colombie. Il est réélu dès le premier tour en 2006 avec 62% des voix et un taux d'abstention de 56%. (wikibio)
> Première jolie casserole, les soupçons qui pèsent sur sa première élection. Il aurait bénéficié du soutien de l'autre grande milice paramilitaire de Colombie, l'AUC (Autodéfenses Unies de Colombie), dont l'idéologie est marquée à l'extrême droite. Selon Rafael Garcia, un ancien cadre des services secrets colombien, Alvaro Uribe aurait détourné plus de 300000 voix à son profit en 2002. Le système était le suivant : acheter frauduleusement des listes électorales - en principe secrètes - les insérer dans un programme informatique permettant de repérer les abstentionnistes de chaque local de vote. En fin de scrutin, avec la complicité de jurés, les bulletins non utilisés sont versés aux favoris des paramilitaires. Charge aux miliciens d’intimider un maximum de Colombiens pour qu’ils renoncent à se rendre aux urnes et grossir ainsi les rangs des faux électeurs. A en croire García, pas moins de trois cent mille voix auraient été détournées lors du scrutin présidentiel en faveur d’Alvaro Uribe. L’ancien fonctionnaire affirme en outre que son élection doit beaucoup au soutien financier et pratique de "nombreuses personnes liées au trafic de drogue". (lecourrier.ch)
> Un chroniqueur de El Espectador, Fernando Garavito Pardo, a reçu un prix international de journalisme pour l'enquête dans laquelle il démontrait les liens étroits entre le candidat à la présidentielle Uribe et Pablo Escobar (wikibio), le plus grand dealer de cocaïne de l'histoire (7e fortune mondiale selon Forbes dans les années 80). Les preuve de liens entre Uribe et Escobar sont multiples :
1) Il était maire de Medellin a l'époque où le cartel de trafic de cocaïne était au sommet de sa puissance. Il lança un programme "Medellin sans taudis" financé par un Escobar en mal de reconnaissance sociale et politique.
2) Par la suite, Uribe devient directeur de l'Aéronautique civile. Cela tombe bien puisque la cocaïne était transporté par avion entre la Colombie et les Etats-Unis, principal client. Lors des 28 mois que dura sa direction, il délivra 2242 licenses soit presque autant que dans les 35 années précédentes. 200 bénéficièrent directement au cartel de Medellin.
3) Un hélicoptère appartenant à Uribe et à son frère a été retrouvé dans le plus grand laboratoire de transformation de cocaïne appartenant à Escobar en 1984 par la Police. Se trouvaient aussi là, trois aéronefs dont les licenses de vols avaient été délivrées sous l'ère Uribe à la tête de l'aéronautique civile.
4) Lors de l'évasion de prison de Pablo Escobar, il tenta de négocier avec le gouvernement. L'intermédiaire de cette négociation était... Uribe.
5) Son père, qui travaillait dans l'immobilier, était prête-nom pour que les narco-trafiquants puissent acheter des propriétés.
> Source : risal.collectif.net. Ce site reprend des extraits d'un livre de Hernando Calvo Ospina, journaliste et écrivain colombien résidant à Paris, intitulé "Colombia, laboratorio de embrujos. Democracia y terrorismo de Estado".
> Dernier élément concernant les liens entre le président colombien et les narco-trafiquants : un rapport américain de 1991 présente Uribe comme un "ami proche" et un "collaborateur" de Pablo Escobar. Il y est présenté comme "un politicien et sénateur spécialisé dans la collaboration avec le Cartel de Medellin dans les plus hauts niveaux gouvernementaux". A cette époque, Uribe faisait partie de ceux qui étaient opposés au traité d'extradition anti-drogue que la Colombie s'apprêtait à signer avec Washington. (lecourrier.ch)
VIDEO 2 (45') : Pablo Escobar est le plus grand trafiquant de cocaïne de tous les temps. Pour découvrir la vie d'un self made man, abattu par la Police, regardez ce documentaire.
VIDEO 3 (8'01) : Reportage recueillant des témoignages de femmes ayant fuit les zones de violences en Colombie.
VIDEO 4 (1'30) : Une association conseille les familles d'otages pour les négociations avec les FARC. Elle parle de discutions de marchand de tapis.
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