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Meurtre d'Anna Politkovskaïa : un coupable parfait
La journaliste Anna PolikovskaiaCENSURE
Les tueurs d'Anna Politkovskaïa "ne peuvent que vivre hors de Russie". Iouri Tchaïaka, procureur général dans l'enquête de l'assassinat d'une des seules journalistes russes indépendantes (voir lire la suite), a "trouvé" le coupable idéal : Boris Berezovski, l'homme d'affaires exilé à Londres, l'ennemi intime de Poutine, celui qu'il rêve de voir congelé en Sibérie. En l'accusant à demi-mots, le procureur fait d'une pierre une rafale de coups. D'abord,  Il met le meurtre sur le dos de Tchètchènes (plutôt que de Russes) et ensuite il jette le discrédit sur un exilé protègé des Britanniques avec lesquels les russes sont en grand froid.
Berezovski est un oligarque russe, ancien dirigeant du FSB (ex-KGB) qui a aidé à propulser la carrière de Vladimir Poutine au sommet du gouvernement avant que celui-ci ne lance un mandat d'arrêt contre lui pour fraude et évasion fiscale (voir son effrayante wikibio). Depuis son exil britannique, le milliardaire dénonce régulièrement le régime de Poutine et est devenue la bête noire des autorités russes qui réclament son extradition. Cela permet surtout au gouvernement russe d'éloigner les (très forts) soupçons qui pèsent sur lui et même de se positionner en victime d'un complot : Berezovski aurait commandité le meurtre de Politkovskaïa pour discréditer Vladimir Poutine et "déstabiliser le pays". Très pratique... Pour finir en beauté, le procureur général de Russie a accusé le groupe criminel qui a tué la journaliste d'être impliqué dans l'assassinat de Paul Khlebnikov (journaliste américain de Forbes) en 2004, et de Andreï Kozlov (n°2 de la Banque Centrale) en 2006. Problème : le suspect du meurtre de Kozlov avait déjà été arrêté et inculpé ! Tchaïaka s'est donc rétracté quelques minutes plus tard. La ficelle paraît quand même très grosse.



UPDATE du 05/09/07
> La ficelle était trop grosse... Mais elle s'est encore épaissi. La direction de l'enquête et le groupe d'enquêteur ont été changés (cyberpresse.ca du 04/09/07). C'est Sergueï Ivanov, un des possibles successeurs de Poutine, qui dirigera et coordonnera les deux groupes. Selon le rédacteur en chef de Novaïa Gazeta (l'ancien journal de Politkovskaïa) ce changement d'enquêteur "traduit la reprise en main de l'affaire par les groupes contrôlant au Kremlin le renseignement, l'armée et la sécurité".
> Déjà, deux suspects avaient été remis en liberté et un troisième n'était plus lié à l'affaire (latribune.fr du 30/08/07).
> A trois mois des élections législatives russes, le Kremlin continue de harceler les médias. Les locaux de la Novaïa Gazeta ont été perquisitionnés par la police durant une manifestation pour rendre hommage à la journaliste russe (lemonde.fr du 01/09/07). Une opposante a aussi été internée dans un hôpital psychiatrique et des ONG se font harcelées...

> Détails : Le Monde du 28/08/07.
> En ce moment, Poutine réchauffe la guerre froide (sur DSS). Boris Berezovski, le "coupable idéal", a été trouvé à Londres au moment où les relations russo-anglaises sont au plus mal. Un bon moyen pour mettre la pression sur Londres après le refus de Poutine de livrer à Scotland Yard l'assassin présumé de Litvinenko.
> Si vous avez manqué le début ou pour en savoir plus, sortez l'énorme dossier Poutine (la Tsar'ac, la Tchétchénie, les censures, les meurtres, les affaires...) sur DSS.

Pour tout savoir sur cette affaire et voir s'afficher celui à qui profite le crime, suivez la flèche.
Vladimir Poutine> Le procureur général de Russie n'est pas parvenu à convaincre les médias de son pays. La presse russe doute en effet de l'identité du commanditaire (La Tribune de Genève du 28/08/07). La thèse Berezovski a été accueillie avec beaucoup d'ironie. Voir aussi la revue de presse de Courrier International (du 28/08/07).

> Reporters Sans Frontières se dit inquiet après les déclarations du procureur et "du fait de désigner des personnes "hors de Russie" comme les commanditaires de cet assassinat". S'il s'est félicité de "la première avancée concrète" de cette enquête, RSF pense que "contrairement à ce qu’affirme le procureur général, il y a des personnes, à l’intérieur même du pays, qui avaient intérêt à faire taire Anna Politkovskaïa".

> Dix suspects "installés hors de Russie" (bien sûr) ont déjà été arrêtés dans le cadre de cette affaire. Le groupe que Berezovski aurait commandité serait composé de trois anciens policiers et d'un agent du Service fédéral de sécurité (FSB), les autres étant d'origine tchétchène. L'agence Russe RIA Novosti a compilé les "différentes" thèses avancées depuis le début de l'année par Poutine et ses sbires. Toutes les pistes mènent à Berezovski depuis le début de l'affaire (avant même le début de l'enquête) et la thèse du complot contre le pouvoir est régulièrement avancé.

> Selon l'avocat d'un des dix suspects, ceux-ci auraient été torturés par les enquêteurs afin de les faire avouer (lemonde.fr du 28/08/07). Un des suspects aurait été frappé à la tête (avec une bouteille) et aurait été soumis à des pressions avec des menaces contre son frère.

> Le bihebdomadaire russe Novaïa Gazeta (dans lequel Anna Politkovskaïa travaillait lorsqu'elle s'est faite assassinée) avait mené l'enquête en mai et avait déjà découvert les coupables du meurtre de Politkovskaïa (DSS du 28/05/07). L'un des rédacteurs en chef du journal a expliqué hier que les noms des exécutants étaient les mêmes que ceux apparus lors de l'enquête mais que le commanditaire différait... L'enquête  du journal remontait plutôt vers deux hautes personnalités du régime mis en place par Poutine en Tchétchénie (liberation.fr du 28/08/07).

Livre d'Anna Piltkovskaia> La journaliste Anna Politkovskaïa a été assassinée le 07/10/06. Dans son livre, "La Russie de Poutine" (publié partout sauf dans son pays), elle dénonçait les crimes commis en Tchétchénie, la corruption et les mensonges du régime de Poutine (voir Libération du 11/10/06). D'après le journal Novaïa Gazeta, dans lequel elle travaillait, Politkovskaïa écrivait un article consacré aux violations des droits de l'homme par les forces du gouvernement en Tchétchénie quand elle s'est fait tuer. Ce bihebdomadaire a reçu le prix "médias 2006", décerné par Reporters sans frontières, pour ses enquêtes sur le pouvoir russe. A l'occasion de la remise du prix, RSF (13/12/06) raconte les agressions et censures dont sont victimes les journalistes de Novaïa Gazeta et de tous les médias russes.

> Amnesty International a dû envoyer une lettre au président russe pour lui demander de condamner ce meurtre. L'ONG pense que Politkovskaïa a été visée en raison de son travail de journaliste, rajoutant qu'un tel meurtre porte manifestement un coup sérieux à la liberté d'expression et l'indépendance des médias en Russie.

> Au moment de la mort de Politkovskaïa, Amnesty International fait le point sur les journalistes pris pour cible par le gouvernement.

Être journaliste en Russie...

VIDEO 1 (11') En février 2004, Le Vrai Journal dressait un bilan très sombre de la liberté de la presse sous le régime de Poutine. Elena Tregubova, journaliste russe auteur d'un livre sur les coulisses du Kremlin, a fait l'objet de multiples pressions et d'une tentative d'assassinat comme le relate L'Humanité du 13/03/04.


> Le journaliste Stanislas Dmitrievski a été condamné à 2 ans de prison avec sursis et 4 ans de mise à l'épreuve pour "incitation à la haine raciale" en février 2006 après avoir publié deux articles sur le rôle de la Russie dans le conflit tchétchéne. Selon Amnesty, il n'y avait aucune incitation à la haine dans ces articles.

  > En octobre 2006, de nouveaux textes de loi interdisent la Société pour l'amitié russo-tchétchène (RCFS), dirigée par Dmitrievski et coupable "d'activités extrêmistes".  Elle est définitivement fermée le La liberté de la presse23/01/07. Pour Amnesty International, la décision porte un double coup : l'un à la liberté d'expression, et l'autre à la société civile. Déjà, la Société pour les droits de l'homme (ONG très respectée) avait dû fermer dans des conditions rocambolesques (hns-info du 11/06/05). Deux représentants du bureau du ministère de la Justice auraient fait irruption dans le cabinet du président de l'association avec deux personnes en état d'ivresse qu'ils venaient de trouver dans la rue pour leur servir de témoins !

> Oksana Tchelycheva, rédactrice en chef à l'agence d'information russo-tchétchène, a reçu de nombreuses menaces de mort (le 14/03/05 sur amnesty.be). L'enquête pour retrouver les corbeaux n'a jamais rien donné.

> Andreïv Babitski, journaliste connu pour ses reportages critiques racontant les attaques de soldats russes sur des civils tchétchènes, a été successivement détenu dans un camp, arrêté par la police, inculpé pour possession de faux-passeports et condamné pour hooliganisme. Il n'a plus d'accréditation pour couvrir les évènements en Russie (voir Reporters sans frontières du 02/08/05).

> Pour museler les journalistes, Poutine a ses méthodes. En Russie, les journalistes tombent par les fenêtres (voir DSS).

VIDEO 2 (5') Dans Le Vrai Journal, Babitski revient sur les complots dont il a été victime. Anna Politkovskaïa n'avait pas pu être interviewée à cause d'une première tentative d'assassinat...


> En 2001, Poutine, pour qui "la liberté d'expression est l'une des plus importantes conquêtes de la décennie passée" (sic) s'en prend aux chaines de télévision. Selon L'Express du 22/02/01, quatre jours après son investiture, des agents en cagoule accompagnés de procureurs et d'officiers du FSB (ex-KGB) ont perquisitionné les bureaux de Media-Most, une ONG qui défend la liberté d'informer et qui détient de nombreux titres de presse (dont la chaîne NTV qui, selon Le Monde Diplomatique de février 2001, énerve les dirigeants russes par sa liberté de ton). Le principal créancier est Gazprom, le géant du gaz, qui avoue ouvertement chercher à mettre en faillite Media-Most afin que NTV passe sous tutelle d'Etat.

> Vladimir Gousinsky, patron de Media-Most est arrêté puis libéré sous caution. Il préfère quitter la Russie avec sa famille. Les nouveaux dirigeants de NTV sont nommés par Gazprom. Cyberpress.net du 17/12/01 explique qu'au printemps 2001, des journalistes de NTV décident de partir de la chaîne pour protester et rejoignent TV6 qui appartient à Boris Berezovsky, lui aussi opposé à Poutine. La chaine devient un symbole de l'opposition. Comme NTV, TV6 avait contracté des dettes (à cause de l'ancienne direction). La compagnie de pétrole Lukoil intente un procès demandant la liquidation de TV6 (comme Gazprom pour NTV).

DOSSIER LAURENT MACABIÈS /DSS

[+/-]  Le 30 août 2007 - 13:34 la fée a dit :

c'est bien d'essayer de faire la lumière sur cette affaire.. mais faudrait aussi chercher de l'autre coté de l'atlantique..... les USA sont en train de se transformer en "dictature" basé sur les attaques du 11 septembre... et si les journalistes faisaient leur boulot... ils nous diraient pourquoi les familles de victimes nous parlent de "coup d'état" de l'intérieur.... INSIDE JOB...

[+/-]  Le 22 novembre 2007 - 16:42 Michel Marzloff a dit :

C'est très drole de vous lire. Tout ce qui n'est pas Sarkozy et ce qui est anti Sarkozy est génial. Tout ce qui est américain est doux à vos yeux surtout s'ils s'en prennent à Poutine. Pourquoi 75% du pays est pour lui, allez voir la nouvelle classe moyenne en Russie elle vit déjà mieux que nos bobos de gauche. Quand à vos piques on en voie pas beaucoup pour la detestable gauche bobo-caviar et les conservateur RATP/SNCF.
Vivent les forces de progrés de droite car le Progrés a changé de polarité et vous ne le voyez pas et le relayez encore moins

Michel Marzloff

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