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Un internaute (nommé Alban Guillemois) a repris l'idée de Jules Verne pour ce court-métrage d'animation tourné avec une caméra Super-8. Le diptique De la Terre à la lune (1865) et Autour de la lune (1870) de l'écrivain visionnaire s'inspire de ses prédécesseurs (évoqués au-dessus). Jules Verne cite d'ailleurs dans ces livres quelques-uns d'entre eux. L'histoire : l'explorateur français Michel Ardan fabrique une sorte d'obus creux lancé par un canon géant pour aller sur la lune. Il embarque à bord de sa machine en compagnie de deux savants rivaux Barbican et Nicholl. Le voyage lunaire est observé de la Terre où l'enthousiasme populaire grandit au fil des événements.
De petites bulles dessinées, mais une grande oeuvre pour l'humanité. Quand Hergé sort Objectif Lune (1953) et On a marché sur la Lune (1954), la conquête de l'espace n'en est qu'à ses balbutiements. Aucun animal n'a mis son museau dans l'espace et le premier Spoutnik n'est même pas construit, avant que Tintin, Milou et ses acolytes ne se lancent dans une fusée. Hergé reprend en partie le design des prototypes de fusée V2 allemande qui ont servis de missiles pendant la deuxième guerre mondiale. La pesanteur dans la fusée et les problèmes d'oxygène et de gravitation sur la Lune sont retranscrits de façon très réalistes, ainsi que d'autres caractéristiques de l'univers spatial comme l'absence de son. Par souci de réalisme, Hergé se renseigne beaucoup sur le sujet. Il s'entoure de plusieurs collaboreurs pour les aspects techniques, comme Bernard Heuvelmans, auteur de L'Homme parmi les étoiles (1944) et L'Homme au creux de l'atome (1945), l'astrophysicien belge Armand Delsemme ou encore son compatriote astronaute Delporte.
Tintin s'embarque pour l'espace quelques années avant les Russes et les Ricains pour un résultat vraiment bluffant, même 50 ans plus tard. L'idée d'incorporer de la glace sur la Lune vaudra ainsi à Hergé quelques critiques de la part de scientifiques pendant des années... Jusqu'à ce que la sonde américaine Lunar Prospector détecte une forte probabilité de traces de glace sur la Lune. Comme d'autres avant lui, Hergé a popularisé le voyage spatial auprès du grand public.
Ci-dessous, le début des deux dessins animés tirés des BD.
A gauche : Objectif Lune (voir deuxième, troisième et quatrième partie sur Youtube). A droite : On a marché sur la Lune (voir deuxième, troisième et quatrième partie).
Hergé s'est surtout très fortement inspiré du film Destination... Lune ! de Irving Pichel (1950) pour ses deux albums. Ce film qui devait préalablement être réalisé par Fritz Lang est considéré comme l'un des premiers films de science-fiction dans lequel les technologies décrites ne sont pas en désaccord avec les avancées scientifiques de l'époque. Récompensé par l'Oscar des meilleurs effets spéciaux en 1951, le film raconte comment le gouvernement américain décide d'envoyer une fusée à propulsion nucléaire sur la Lune. Le choix de la propulsion nucléaire est repris dans les Tintin. La forme et les couleurs des combinaisons et même le système des lits sont aussi quasiment identiques. D'autres détails paraissent ainsi avoir été "pompés" du film. Il faut dire que Pichel, comme Hergé, s'est allègrement documenté pour coller au plus proche du futur lancement.
A gauche, le départ de la fusée. A droite, les scénaristes de Destination... Lune ! ont eu l'idée de se servir du pivert animé Woody Woodpecker pour expliquer le principe de propulsion de l'engin. Vidéos en anglais.
Hergé et Pichel ont beau être des précurseurs, la plupart de leurs "inventions" proviennent du film La femme sur la lune réalisé par Fritz Lang en... 1929. L'Allemand, à qui l'on doit M le Maudit et Métropolis, adapte le roman éponyme de Théa Von Harbou paru un an plus tôt.
Le speech est assez classique. Un dénommé Wolf Helius tente de construire une fusée pour aller sur la Lune. Pour se faire, il engage le professeur Manfeldt, ridiculisé par ses collègues trente ans plus tôt pour avoir prétendu qu'il y aurait des mines d'or sur la Lune. Les deux compères se font accompagner par un ingénieur et sa femme, un jeune garçon et le mystérieux membre d'un groupe financier répondant au nom de Turner. Après un voyage riche en rebondissements, ils se retrouvent sur la Lune...
Là encore, on retrouve les problèmes d'oxygène, une fusée similaire (basée sur le V2), l'apesanteur et même le système de compte à rebours (pour appuyer le côté dramatique) qu'adopteront tous les films suivant et même... la NASA. Le film est le dernier muet de Fritz Lang. Les nazis ont trouvé la fusée tellement réaliste qu'ils ont brûlé les maquettes, les jugeant "de nature à nuire au secret qui devait entourer la conception des V2".
A gauche, quelques minutes sur Terre (avec le décollage). A droite, un passage dans la fusée puis sur la Lune.
Jules Verne était le précurseur de ce que l'on appelle le "merveilleux scientifique", le premier vrai auteur de science-fiction qui écrit sur la Lune est H.G. Wells avec son roman daté de 1901, Les Premiers Hommes dans la Lune. Comme Arthur Clarke et son 2001: l'Odyssée de l'espace (adapté au cinéma par Stanley Kubrick), le génial créateur de La Guerre des Mondes aura un impact considérable dans les futures oeuvres sur le sujets et les vrais voyages dans l'espace. L'histoire peut être vu comme une critique de l'impérialisme américain, comme une métaphore du massacre des indiens. Bedford, un homme d'affaires, et Cavor, scientifique, partent sur la Lune grâce à la "cavorite", un matériau qui supprime les effets de la gravitation et qui leur permet de construire un vaisseau spatial. Là-bas, ils rencontrent des extraterrestres semblables à des insectes géants. Ces "Sélénites" vivaient en harmonie avant de croiser les Hommes...
Le matériau imaginaire inventé par Wells a beaucoup énervé Verne qui le jugeait trop irréaliste. Dans son livre Wells fait d'ailleurs citer le roman du Français De la Terre à la Lune par Bedford. Le scientifique Cavor, répond qu'il n'en n'a jamais entendu parler. Ambiance, ambiance...
Le roman de Wells connaîtra deux adaptations cinématographiques dont la dernière en 1964 par Nathan Juran, First Men in the Moon (voir bande-annonce en anglais, ci-dessous). Le film débute par une mission spatiale composée d'Américains et de Russes qui collaborent ensemble. En 1964, la Guerre Froide en était pourtant dans une de ses périodes les plus "chaudes" et la conquête spatiale divisaient d'autant plus les deux pays.
Le premier film fantastique (genre que l'on appelait joliment "féerie") est une adaptation croisée des romans de Wells et de Verne. Le voyage dans la lune, de Georges Méliès sort en 1902, soit six ans après le premier métrage des frères Lumière. Le film de Méliès est aussi le premier à posséder vraiment un scénario. Six astronautes se propulsent sur la Lune grâce à un canon géant (comme chez Jules Verne). Arrivés sur le satellite de la Terre, ils sont faits prisonniers par des Sélénites (comme chez H.G. Wells). Voici le film complet avec le texte de Georges Méliès lu par sa petite-fille Madeleine.
Vous en rêviez ? Disney l'avait fait... Au moment de la création de son parc à thèmes en 1955, l'animateur Ward Kimball est chargé de tourner un documentaire promotionnel pour la partie majeure de Disneyland, "Tomorrowland". Le but: imaginer les inventions de demain. Kimball décide de se cantonner au thème de la conquête spatiale et s'octroie pour conseiller l'ingénieur Wernher von Braun, responsable du programme de missiles balistiques de l'armée américaine. Le documentaire Man in space, qui mêle images d'archives, dessins-animés et témoignages de spécialistes est vu par 42 millions de télespectateurs lors de sa diffusion en 1955. La légende veut que le film a tellement plu au Président Eisenhower (futur fondateur de la NASA) que c'est à la suite de sa diffusion que le projet de l'envoi d'un satellite dans l'espace a été annoncé. De là à affirmer que le film a permis à Armstrong et ses copains de devenir les premiers hommes à marcher sur la lune, il n'y a qu'un bond (pour l'humanité) que nous ne franchiront pas. Quand même balèse ce Mickey...
A gauche : la première partie (en anglais) de Man in Space (cliquez sur les numéros pour la partie 2, 3, 4, 5 et, surtout, la 6). A droite, l'impressionant prototype de fusée de 24 mètres de haut baptisée "Moonliner" qui faisait office de simulation spatial dans le centre d'attraction. Plus de détails sur "Tomorrowland" et sur d'autres magazines scientifiques visionnaires dans ce dossier très complet sur le blog d'André Gunthert.
Bien sûr, certains optimistes, qui voyaient dans les premiers pas d'Armstrong le début d'une ère nouvelle, se sont bien plantés. En 1979, on imaginait déjà les Jeux Olympiques de 2020 se tenir sur la Lune (cliquez sur l'image pour l'agrandir) :
A peine le pied était posé sur la Lune que les terriens imaginaient déjà la coloniser... Ce court document "éducatif" (pour les étudiants américains) date du début des années 70. Dans le même genre, voir aussi "Les vacances du futur" sur le site paleo-future.blogspot.com.
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