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►SCHIZO + 2 VIDÉOS
"Quand je m'enfermais pour téléphoner à ma femme, on croyait que j'appelais Giscard" (Jean-Pierre Elkabbach, interviewé dans Elle en février 1982).
Réputé pour son impartialité sans faille et son sens de la mesure, Jean-Pierre Elkabbach n'a pas dérogé à sa ligne de conduite cette semaine. Le journaliste, souvent accusé de faire office de porte-parole du gouvernement, a encore ébloui par sa capacité d'adaptation en interview politique. Hier, Elkabbach a lynché. Ce matin, il a léché. Le premier invité est le chef de file du Modem, tandis que le second appartient à l'UMP, le parti de notre cher Président...
François Bayrou est venu le 11 mars sur Europe 1 pour critiquer la position de Nicolas Sarkozy sur l'Otan. Elkabbach commence son interview en sortant un sondage de derrière les fagots indiquant que la majorité des citoyens sont favorables au retour de la France dans le commandement de l'Otan. Puis, le journaliste rappelle que le Général de Gaulle n'avait consulté personne, lui, quand il a décidé tout seul de quitter l'Alliance, alors que notre démocrate gouvernement va faire voter le Parlement. Elkabbach laisse Bayrou s'exprimer sur la fierté de voir une France indépendante. "Sans vous choquer, c'est du baratin. C'est du baratin !", le coupe le journaliste [à 2'10 de la première vidéo]. "Vous voulez que je vous dise pourquoi", enchaîne-t-il sans attendre la réponse. Elkabbach lit alors ses notes qui compilent les arguments pro-intégration à l'Otan. Bayrou s'énerve : "Vous venez de faire naturellement la propagande gouvernementale..."Non !", répond son interlocuteur, "comme vous êtes l'avocat du diable, moi je dois jouer l'autre rôle". Le diabolique centriste rétorque : "Je ne suis pas l'avocat du diable, je suis l'avocat de la France". "Moi aussi !", soutient le journaliste avant que l'échange se calme.
Le lendemain, Alain Juppé a fait la promo de son bouquin ("Je ne mangerai plus de cerises en hiver") en toute quiété. Elkabbach présente le maire de Bordeaux qu'il connaît bien [voir "Elkabbach menace d'allumer un opposant à Juppé" sur Bakchich.info] : "Vous revoilà, presque tout neuf et couverts de blessures, mais elles ont cicatrisé". La première question n'en est pas vraiment une : "Vous qui n'aimez pas l'exhibitionnisme, vous livrez de l'auto-critique à la confession. Vous écrivez 'dire sa souffrance, pour la purger définitivement'. C'est-à-dire que raconter, pour vous c'est se libérer". Juppé approuve. L'ancien premier ministre concède aussi "une part de responsabilité" "parce que j'étais le patron" dans l'affaire des emplois fictifs du RPR, évoquée brièvement par le journaliste. Elkabbach vient en aide à son invité qui n'en demandait pas tant : "Mais pas toute la responsabilité... C'est-à-dire que vous avez protégé beaucoup d'autres, qui eux savaient et qui pratiquaient" [à partir de la première minute de la deuxième vidéo]. Après avoir convenu que Juppé a été un "bouc émissaire", les deux hommes continuent leur conversation en se souriant mutuellement. "Ce qu'on note, c'est que vous vous laissez à rire franchement", fait d'ailleurs remarquer Elkabbach. Le reste est du même accabit, avec aucune question polémique en 10 minutes. Evoquant l'avenir politique de Juppé, l'ancien grand chef d'Europe 1 enchaîne les éloges. De tels compliments parviennent même à faire plaisanter l'intéressé : "Selon vous je suis en voie de sainteté alors !" Cette fois, pas d'avocat du diable en vue.
►LAURENT MACABIES
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